12 raisons de dire NON à l'euthanasie et OUI aux soins palliatifs...

 

 Nous retranscrivons ci-dessous un texte important, publié  il y a quelques jours par un collectif de 175 associations de bénévoles en soins palliatifs. Ces associations ne sont pas confessionnelles pour la plupart. Elles rassemblent plusieurs milliers de bénévoles. Leur manifeste, fondé sur leur expérience de terrain, donne à réfléchir à tous. Et en priorité aux responsables politiques.

 

DONNER LA MORT NE SERA JAMAIS UN SOIN...

 

1. Chacun doit vivre dans la dignité, jusqu’au bout de sa vie

Toute personne, quels que soient sa situation et son état médical, est intrinsèquement digne. Même dans les situations les plus redoutées, les équipes de soins palliatifs mettent tout leur cœur et leur savoir-faire à sauvegarder la dignité véritable des patients. Considérer que l’on assure la dignité d’une personne en lui donnant la mort est une défaite de l’humanité.

 

2. La loi doit protéger les plus fragiles

Nos choix personnels ont tous une portée collective, surtout quand ils requièrent l’assistance d’un tiers, comme dans le cas de l’euthanasie ou du suicide assisté. Se tenir face à la mort et vouloir la hâter est un exercice rare et solitaire revendiqué par quelques personnes déterminées mais qui pèserait sur tous les plus faibles : les personnes isolées, âgées ou d’origine étrangère, qui sont susceptibles d’être soumises à toutes sortes de pressions (familiale, sociale, voire même médicale). C’est particulièrement vrai dans notre société, qui valorise la performance et peut donner à une part notable de sa population le sentiment d’être un poids.

 

3. L’interdit de tuer structure notre civilisation

Légaliser l’euthanasie, c’est inscrire au cœur même de nos sociétés, la transgression de l’interdit de tuer. Un principe élémentaire de précaution devrait nous dissuader de suspendre désormais nos valeurs collectives à un « Tu tueras de temps en temps » ou « sous certaines conditions ». Notre civilisation a progressé en faisant reculer les exceptions à l’interdit de tuer (vengeance, duels, peine de mort…). Légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté serait une régression.

 

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En quête de cohésion...

par P. Gaston Piétri, prêtre du diocèse d'Ajaccio

Publié avec l'aimable autorisation de nos confrères du journal La Croix

 

L’émiettement de la scène politique est l’image, à coup sûr, d’un certain émiettement de notre société. L’essai de recomposition des formations politiques traditionnelles ne peut empêcher en leur sein de nouvelles fragmentations. Au lieu de se répandre en déplorations, acceptons le constat qui s’impose.

De nouveaux clivages apparaissent, et ils correspondent à des aspects souvent inédits de la réalité sociale. S’ils sont de nature transversale, c’est qu’aucun groupe politique ne peut une fois pour toutes les ignorer. Ce n’est pas l’heure d’attendre un facile consensus.

C’est l’heure pourtant de chercher un mode de communication où les énergies trouvent en certains domaines à se rencontrer plutôt qu’à s’opposer systématiquement et presque en tous domaines. Il est fâcheux que les clivages récents se superposent sans cesse à certains clivages d’hier qui en grande partie ont fait leur temps.

Électorat catholique

On s’est mis à un moment à parler des catholiques et même de « l’électorat catholique ». Ce vocabulaire lui-même participe d’un imaginaire qui fait que les catholiques sont perçus comme un bloc. Il y a là un passéisme que contredisent du reste toutes les enquêtes d’opinion. La diversité des approches n’a cessé de s’accroître, même si les chiffres électoraux montrent encore quelque dominance.

Ces différences sont justifiées, dans des limites qui, sur certains points, ne sont pas toujours repérables à première vue. Elles ne sont pas une concession aux « malheurs des temps ». Elles tiennent à la nature même de la politique dans son lien avec la foi et cela dans une société qui s’est largement complexifiée.

Répondant à l’invitation de la Conférence des évêques de France en avril 2018, le président de la République a souhaité explicitement la contribution des catholiques à la « cohésion nationale ». Pour les catholiques conscients de l’originalité du message évangélique, penser la cohésion, c’est aller jusqu’à cette mystérieuse réalité qu’est la communion, dont Dieu lui-même est l’origine et le terme.

Jean-Luc Marion estime que « l’expérience et la pratique de la communion » constituent, si elles sont vécues, l’apport le plus significatif des catholiques à la communauté politique (1). Or la communion ne vise pas à supprimer les différences, mais à les transcender par une communication qui peut s’avérer féconde. L’unité plus que jamais ne peut être que plurielle.

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Quel monde voulons-nous pour demain ?

Entretien avec le Père Bruno Saintôt, responsable du département Éthique biomédicale du Centre Sèvres, dans le cadre des états généraux de la bioéthique.

interview de Dominique Quinio, parue dans la Lettre des Semaines Sociales, avril 2018

 

Faut-il croire à la portée d’un débat public avant le vote d’une loi sur des sujets aussi complexes ?

Le débat public est pertinent s’il consiste à transformer une multitude de revendications en une « chose publique », qui nous concernent tous. C’est ce que vise le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) en précisant que la question est : « Quel monde voulons-nous pour demain ? ». Le risque est de ne pas faire du commun mais un simple affrontement d’intérêts et de pouvoirs, ou encore de multiplier les avis individuels sans ce long travail du débat où ils sont éprouvés dans l’argumentation.

 

Quel peuvent être la place et le rôle des chrétiens dans la démarche des États généraux ?

Les chrétiens portent, avec d’autres, le souci du monde commun, à commencer par le soin du plus petit. Beaucoup oeuvrent dans le soin pour contribuer à guérir, soulager, consoler. C’est à partir du soin du plus faible, grâce à l’usage raisonné des techniques, que le lien social peut être sans cesse renoué, et que la fraternité fait tenir la liberté et l’égalité. Les chrétiens devraient aussi garder le souci du dialogue dans la raison commune car la foi ne va pas sans la raison. Sans elle, chacun est tenté de se barricader dans ses convictions et ses intérêts. Enfin, si les chrétiens sont portés par l’espérance d’une vie éternelle, ils peuvent contribuer, avec d’autres sagesses, à apprendre à vivre ensemble heureux sous l’horizon de la mort, dans l’affrontement des désirs insatisfaits et de la souffrance. C’est un risque : la peur de souffrir et de mourir peut nous empêcher de vivre et nous rendre inhumains et immoraux.

 

Quels sont, pour vous, les points clés du débat, les enjeux principaux auxquels être attentif ?

Le premier enjeu est de savoir si nous allons garder notre système de santé basé sur la mutualisation des risques et sur la solidarité. Les innovations de la e-santé permettent les nouvelles performances de la médecine personnalisée mais risquent d’entraîner des modes de protection individualisés : pourquoi devrais-je payer pour d’autres si j’ai moins de risques de santé ? Cet enjeu majeur du maintien de la solidarité dans le soin est celui d’un système politique. Pouvons-nous vouloir collectivement un système très libéral après avoir bénéficié depuis l’après-guerre d’un système de solidarité qui contribue aussi au lien social ?

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Projet de Loi asile/immigration, initiative du Secours catholique

A l’invitation du Secours catholique-Caritas France, plus de 130 députés et plusieurs sénateurs sont venus rencontrer et dialoguer avec des personnes migrantes dans les accueils et les délégations de l’association.

Le Secours catholique appelle ces députés, ainsi que tous les autres parlementaires, à faire œuvre de pragmatisme en apportant une solution humaine et digne aux personnes migrantes présentes sur le territoire, en attente de droits ou de protection.

Le 17 janvier dernier, l’association adressait une lettre ouverte à tous les députés pour leur faire part des vives inquiétudes que suscite le projet de loi Asile et Immigration prochainement en débat à l’Assemblée nationale. Au-delà des régressions importantes en matière de respect des droits fondamentaux, le Secours Catholique Caritas France s’inquiétait du silence porté par le projet quant à la situation concrète dramatique de dizaines de milliers de personnes et de familles présentes sur le territoire, mais laissées sans droits ni perspectives, ou encore du

Par ce courrier, le Secours catholique  invitait tous les députés à venir dialoguer avec des personnes migrantes, demandeurs d’asile ou déboutées, pour entendre et comprendre concrètement les réalités qu’elles viventet la précarité dans laquelle elles sont enfermées du fait de la réglementation actuelle.

En deux mois, dans plus de 40 délégations de l’association, plus de 130 députés ont répondu à l’invitation et sont venus rencontrer et dialoguer avec des personnes migrantes et nos équipes, dans nos accueils ou avec nos partenaires associatifs locaux.

Nous savons que ces rencontres ont été riches d’enseignements pour les élus. Au-delà des discours convenus et des éléments de langage élaborés, nombreux sont les député(e)s qui ont découvert l’ampleur des obstacles légaux ou administratifs qui bloquent et fragilisent des dizaines de milliers de personnes, les laissant dans une très grande précarité ou dans une situation kafkaïenne.

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Discours de M. Emmanuel Macron devant les évêques de France

Voici l'intégralité du discours prononcé le 9 avril dernier par M. Emmanuel Macron, Président de la République, devant les Evêques de France, au Collège des Bernardins à Paris.

 

"Monsieur le Ministre d’Etat,

Mesdames les ministres,

Mesdames, messieurs les parlementaires,

Monsieur le Nonce,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Mesdames et messieurs les responsables des cultes,

Monseigneur,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des Evêques de France de cette invitation à m’exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes.

Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer.

Pour cela, il n’est pas d’autre moyen qu’un dialogue en vérité.

Ce dialogue est indispensable, et si je devais résumer mon point de vue, je dirais qu’une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir.

L’exemple du colonel BELTRAME par lequel, Monseigneur, vous venez d’achever votre propos, illustre ce point de vue d’une manière que je crois éclairante.

Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque : les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire ; les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique ; d’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée.

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