Le témoignage chrétien est attendu

Dans la dernière Lettre des Semaines Sociales de France, le socio-économiste Bernard Perret donne une intéressante analyse de la crise de sens que nous connaissons. Et dont le mouvement des Gilets Jaunes serait la dernière expression en date.

 

 Bien des observateurs soutiennent que le mouvement des Gilets jaunes n’a pas été seulement alimenté par la précarité sociale et la baisse du pouvoir d’achat mais par un sentiment répandu de solitude et de manque de fraternité dans la société française. Qu’en pensez-vous ?

Bernard Perret. Oui, la solitude est bien en cause : cette « solitude pavillonnaire », aux lointaines périphéries de nos villes et dans la France rurale. L’isolement géographique, l’étiolement des liens sociaux rendent d’ailleurs les petites gens plus dépendantes de leur pouvoir d’achat, de leur voiture, du prix du carburant et de toutes sortes de dépenses contraintes que le déficit en liens sociaux, avec la famille ou le voisinage, ne leur permet plus de compenser.

Il s’est passé chez les Gilets jaunes, réunis sur les ronds-points, quelque chose de l’ordre de la redécouverte de l’autre. Face à la société qui isole, les gens se sont rendu compte qu’il était bon d’être et d’agir ensemble. C’est là un phénomène connu dans tous les mouvements collectifs et, singulièrement, lors des longues grèves ouvrières : à partir du moment où les manifestants sortent les barbecues et les merguez, comme me le faisait remarquer un jour un expert du social, « on est certain que la protestation va durer » ! Les Gilets jaunes vivaient des choses dont ils n’avaient plus envie de sortir parce qu’ils se découvraient bien ensemble. Cela en dit long sur l’atomisation généralisée, l’individualisation de nos modes de vie.

 

Parleriez-vous d’une « crise de sens » ?

Oui, et qui débouche parfois sur la tentation de se trouver des boucs émissaires, selon l’analyse du philosophe René Girard. Car la face sombre des Gilets jaunes est apparue avec le « dégagisme », le « Macron démission », le rejet des élus et des médias. Je vois dans ce mouvement la tentation permanente des sociétés humaines, quand la confiance s’efface, de se recréer une unanimité sur le dos de quelqu’un. C’est alors que survient le risque de la violence.

 

Des mesures de redistribution seront-elles de nature à apaiser les esprits ?

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Une Europe en incertitude...

L'assemblée plénière de printemps des évêques de France a lieu du 2 au 5 avril, à Lourdes. Le 2 avril 2019, dans son discours d'ouverture, son Président, Mgr Georges Pontier, a esquissé un état de l'Europe a la veille des élections du 26 mai prochain.

  " Dans deux mois auront lieu les élections européennes. Ici encore le climat ambiant s’est obscurci. La sortie des Britanniques de l’Union européenne, la montée des populismes très critiques envers Bruxelles, la question des migrants dans plusieurs pays, le débat sur les compétences confiées au Parlement et à la Commission européenne et sur celles que doivent conserver les Etats membres seront bien sûr décisifs. Les difficultés qu’éprouvent le gouvernement et les parlementaires du Royaume-Uni à se mettre d’accord sur les conditions du Brexit, le fait même que 3 ans après le référendum, le Brexit soit décalé, l’incertitude où nous sommes encore de savoir s’il aura lieu, le risque d’un Brexit sans accord, tout ceci indique à tous les Européens continentaux que quitter l’Union est un saut dans l’inconnu et qu’il y a énormément à perdre à se séparer des autres.

Après des décennies d’avancées et de confiance en l’Europe, voici que nous sommes entrés dans une période de turbulences, voire de repli sur soi et de peurs diverses. Les tendances nationalistes progressent et la notion de Bien commun européen n’est plus évidente. Beaucoup d’ignorances au sujet de l’Europe et tout autant de faussetés affirmées parfois même par des responsables politiques font peser un doute sur le bien-fondé du projet européen.

Il n’est pas rare que l’on pense à l’Europe en voyant d’abord les intérêts nationaux, sans prendre en compte la perspective du moyen ou du long terme et du Bien commun européen. L’Europe a besoin de retrouver un élan nouveau. Une réflexion sur le Bien commun européen peut être une utile contribution au débat actuel. Il ne se réduit pas à un marché commun ni à la prospérité économique que la construction de l’Europe a permis d’accélérer. La déclaration du Conseil permanent rendue publique voici une semaine apporte sa contribution à cette réflexion.

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L'Europe en question, quel regard de l'Eglise ?

Mgr Antoine Hérouard, Evêque auxiliaire de Lille, est le représentant de la Conférence des Evêques de France à la COMECE. Tout au long des mois de mars et avril 2019, il donne un cycle de conférences sur l'Europe, en vue des élections de mai. En voici la ligne directrice.

 

 "Il est banal de souligner que  l’Europe n’a pas bonne presse : elle semble lointaine,  technocratique, souvent inefficace. Elle paraît incapable de définir des politiques communes, comme sur la question des migrants et des réfugiés. La défense des seuls intérêts nationaux sans recherche d’un bien commun européen et la montée des diverses formes de « populisme » rendent l’Europe responsable de bien des maux et des déficiences des gouvernements.

Si avec le Brexit, c’est la première fois qu’un pays européen quitte l’Union, c’est sans doute aussi la première fois où l’enjeu des élections au Parlement européen peut permettre dans les différents pays une vraie thématique européenne. Quelle Europe voulons-nous pour demain ? Il ne suffit pas de critiquer les insuffisances, les lourdeurs bureaucratiques ou les échecs de l’Europe sans s’interroger plus profondément sur ce qui en est la cause : par exemple, dans la crise migratoire et ses conséquences, est-ce les institutions européennes qui n’ont pas fonctionné ou l’égoïsme des états membres qui n’a pas permis de définir une politique commune et des responsabilités partagées ?

Ces questions d’ordre politique, intéressent et concernent aussi l’Eglise dans sa mission propre. C’est vrai d’abord au niveau historique dans l’engagement en faveur de la Paix dont nous voyons toujours la fragilité, particulièrement en cette année du centenaire de la fin de la première guerre mondiale où nous nous souvenons des millions de morts qu’elle a entraîné, comme une saignée béante pour notre continent. Si la Paix semble aujourd’hui acquise pour les jeunes générations, rappelons-nous que la guerre est aussi à notre porte (hier dans les Balkans, aujourd’hui en Ukraine…).

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Liberté et laïcité, les religions en équilibre

Si les chrétiens montrent des réticences à afficher leur foi dans l’espace politique, juifs et musulmans revendiquent une plus grande liberté, tout en s’exposant aux mêmes critiques et aux mêmes soupçons.

 

  Les élus qui affichent leur foi catholique ne sont pas les seuls à se retrouver au centre de polémiques, ou à se voir soupçonner de ne pas respecter les principes de la laïcité. Peu après les élections législatives de 2017, on se souvient par exemple du tollé suscité par la députée (LREM) de Mayotte Ramlati Ali, arrivée à l’Assemblée nationale un foulard sur la tête, qu’extrême droite et militants laïques avaient aussitôt dénoncé comme un voile islamique. Non seulement l’élue s’en était défendue en expliquant qu’il s’agissait d’un traditionnel « châle mahorais », mais encore avait-il fallu rappeler que les parlementaires, à la différence des fonctionnaires, ne sont nullement astreints à un devoir de neutralité, et ont tout à fait le droit de porter des signes religieux.

 

 « La République est laïque mais assure la liberté de conscience »

 

À la même période, le député (UDI) Meyer Habib s’était lui aussi attiré les foudres de mouvements laïques. L’élu des Français de l’étranger, qui revendique sa foi juive, avait en effet remercié Dieu pour sa réélection par une bénédiction en hébreu. Un geste qu’il ne regrette absolument pas. « En tant que croyant, je considère que rien n’est hasard et qu’il y a toujours une part de divin », explique-t-il à La Croix. « J’assume mon judaïsme : la République est laïque mais assure la liberté de conscience, c’est-à-dire la liberté de croire ou de ne pas croire », insiste Meyer Habib en se désolant que « de nos jours, croire en Dieu est de plus en plus perçu comme ringard. »

De même, et bien qu’il n’y ait pas de musulman revendiqué au Parlement,

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Une lettre pastorale pour le monde rural.

Espérer au cœur des mutations du monde rural  : tel est le nom de la lettre pastorale publiée le 18 février 2019, par les évêques de Clermont, Moulins, Le Puy-en-Velay et Saint-Flour. Ils y proposent une réflexion sur la ruralité, ses défis, ses changements, son Église.

Ce travail fait écho à celui entrepris il y a trois ans par Chrétiens en Forum avec le diocèse de Clermont-Ferrand, qui avait pour thème : "Le monde rural innove : un espoir pour tous nos territoires".

Dans les diocèses d’Auvergne  très majoritairement ruraux, les mutations actuelles du monde rural modifient la vie des hommes, des communes et des paroisses. Elles sont souvent l’objet d’un dialogue avec les élus locaux qui, au service des communes, font face avec courage à des situations souvent difficiles à vivre. Ces transformations invitent également à adapter ou à repenser l’organisation locale de l’Église diocésaine. Pasteurs au service des communautés qui leur sont confiées, les évêques souhaitent contribuer à la réflexion menée, tant dans la vie de l’Église en France que dans la société civile, pour répondre aux défis posés par les mutations du monde rural aujourd’hui.

Cette lettre pastorale est disponible en cliquant ICI.