Les chrétiens doivent-ils s’engager dans la cité ?

 En juin dernier, au Collège des Bernardins, le Président de la République encourageait les chrétiens à   s’engager en politique. Mais qu’est -ce que cela implique ? Mgr Hérouard, évêque auxiliaire de Lille, nous éclaire…

  Déjà en 1988, saint Jean-Paul II interpellait ainsi les participants à la vie politique : « Les fidèles laïcs ne    peuvent absolument pas renoncer à la participation à la politique, à savoir à l’action  multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir le bien commun. Tous et chacun ont le droit et le devoir de participer à la politique »…

Se prémunir contre la tentation du refus…

Ni l’imperfection de notre monde, ni les injustices, ni les corruptions, no les scandales liés à nos dirigeants ne justifient le scepticisme ou l’absence des chrétiens en politique. « L’Eglise tient en grande considération et estime l’activité de ceux qui se consacrent au bien de la chose publique et en assument les charges pour le bien de tous », lit-on dans la constitution pastorale Gaudium et Spes (n.75). Le chrétiens affirme que la politique est essentielle pour faire vivre ensemble des personnes et des groupes et que l’organisation  politique existe par et pour le bien commun ;: ce qui sert au plus grand nombre et ce qui permet d’améliorer la condition des plus faibles, aujourd’hui et dans l’intérêt des générations futures.

 Le nécessaire engagement des chrétiens en politique

Même imparfait, notre monde est celui que Dieu nous a confié, que Jésus a aimé et pour lequel il a donné sa vie, celui au cœur duquel l’Esprit saint est à l’œuvre, celui au sein duquel nous avons à penser, mettre en œuvre notre avenir d ‘hommes de citoyens, de chrétiens. La dimension politique de notre société humaine reflète nécessairement une conception de l’homme. S’engager en politique tout en vivant les exigences de l’Evangile, c’est y introduire une vision personnelle et collective de l’homme créé à l’image de Dieu, et contribuer à l’avènement  d’une société plus juste et plus humaine. Se former en politique en tant que chrétien exige une articulation entre la compréhension du politique et l’approfondissement de notre foi. S’il n’existe pas de politique « chrétienne » (l’Eglise ne nous fournit pas un modèle d’organisation des sociétés humaines…), le message chrétien donne un sens politique et engage chaque baptisé  à prendre conscience de sa propre responsabilité. Cette responsabilité de chrétiens va s’exercer dans tous les domaines de la vie en société : politique, économique, social, culturel, de la recherche ou de la communication.

 

 

Des repères pour avancer

L’important est de ne pas rester seul, de s’engager dans un groupe ou un parti politique, d’accepter que l’engagement que nous prenons n’est pas parfait, de ne pas avoir l’illusion qu’on imposera dès notre arrivée notre propre vision du monde, de refuser certaines simplifications hâtives lors de débats complexes et nuancés. C’est se poser toujours la question : « qu’est-ce qui est profondément au service de l’homme ? ».

Propos recueillis par Marie Schockaert

In Eglise de Lille n°4, sept 2018

reproduit avec l'aimable autorisation du journal.