Une Europe en incertitude...

L'assemblée plénière de printemps des évêques de France a lieu du 2 au 5 avril, à Lourdes. Le 2 avril 2019, dans son discours d'ouverture, son Président, Mgr Georges Pontier, a esquissé un état de l'Europe a la veille des élections du 26 mai prochain.

  " Dans deux mois auront lieu les élections européennes. Ici encore le climat ambiant s’est obscurci. La sortie des Britanniques de l’Union européenne, la montée des populismes très critiques envers Bruxelles, la question des migrants dans plusieurs pays, le débat sur les compétences confiées au Parlement et à la Commission européenne et sur celles que doivent conserver les Etats membres seront bien sûr décisifs. Les difficultés qu’éprouvent le gouvernement et les parlementaires du Royaume-Uni à se mettre d’accord sur les conditions du Brexit, le fait même que 3 ans après le référendum, le Brexit soit décalé, l’incertitude où nous sommes encore de savoir s’il aura lieu, le risque d’un Brexit sans accord, tout ceci indique à tous les Européens continentaux que quitter l’Union est un saut dans l’inconnu et qu’il y a énormément à perdre à se séparer des autres.

Après des décennies d’avancées et de confiance en l’Europe, voici que nous sommes entrés dans une période de turbulences, voire de repli sur soi et de peurs diverses. Les tendances nationalistes progressent et la notion de Bien commun européen n’est plus évidente. Beaucoup d’ignorances au sujet de l’Europe et tout autant de faussetés affirmées parfois même par des responsables politiques font peser un doute sur le bien-fondé du projet européen.

Il n’est pas rare que l’on pense à l’Europe en voyant d’abord les intérêts nationaux, sans prendre en compte la perspective du moyen ou du long terme et du Bien commun européen. L’Europe a besoin de retrouver un élan nouveau. Une réflexion sur le Bien commun européen peut être une utile contribution au débat actuel. Il ne se réduit pas à un marché commun ni à la prospérité économique que la construction de l’Europe a permis d’accélérer. La déclaration du Conseil permanent rendue publique voici une semaine apporte sa contribution à cette réflexion.

 

Une des racines du bien commun européen fut la recherche de la paix. Même si la paix s’est instaurée entre les grandes puissances européennes, on peut s’interroger sur la solidité de cet objectif. Les conflits dans les Balkans et également en Ukraine ont montré les limites de l’Europe pour trouver les chemins de la paix. D’autres grandes puissances, en l’occurrence les États-Unis et la Russie sont clairement intervenus. Ne pensons pas trop vite que la paix est assurée, surtout si les replis nationalistes s’amplifient.

Une autre de ces racines fut le partage des valeurs essentielles – protection des droits de l’homme, respect de la dignité de la personne humaine, solidarité au sein et entre les peuples – et d’un modèle de protection juridique et social qui reste une forte référence dans le monde entier. Peut-être faut-il se demander si ce Bien commun ne doit pas maintenant intégrer aussi une dimension d’affirmation de la puissance d’un modèle d’union entre nations fait à la fois d’intégration et de subsidiarité, de respect et de mise en valeur des différences et de mise en commun de tout ce qui mérite de l’être pour pouvoir ensemble rayonner dans le monde, sans volonté hégémonique mais avec efficacité, face à des puissances moins soucieuses des droits des peuples et de l’avenir de la planète ? Nous encourageons à un débat profond, apaisé, honnête."