Elus, serviteurs de la Fraternité

Après les événements tragiques que la France vient de connaître un besoin d 'union nationale  a surgi face aux peurs et aux violences qui se multiplient. Certains craignent qu'à ce moment exceptionnel incarné par les manifestations du 11 janvier succède un retour rapide aux divisions partisanes, culturelles, sociales ou religieuses ; un retour d'autant plus brutal et périlleux que les aspirations auront été élevées.

 

Dans cette crainte il est en particulier redouté que le résultat en soit un nouvel élan donné a un parti qui s est tenu loin de cette communion éphémère;  si c est le cas il faudra en tirer la conclusion qu'au delà de la bataille électorale, le Front National a déjà gagné la bataille des idées ;  et que, comme le mal tapi au cœur de Caïn, les plus mauvais travers de l'âme humaine viennent miner la Fraternité, cette valeur si souvent oubliée de la devise française.

 

 

Ainsi le racisme redevient banal et la peur de l'autre, celui qui n'est pas de mon parti,de mon milieu, de ma religion redevient normale.
 
Pourtant l'attente est forte ! La demande de communion fraternelle, de proximité conviviale qui ne masque pas les différences mais les féconde n'est pas creuse, elle veut combler le relativisme, voire le nihilisme de notre société minée par le "divin marché"; elle s'est révélée magistralement ce 11 janvier dernier :  l 'aspiration à la liberté, à la justice, à la paix est bien vivante.

 

 Il y a là une "occasion a saisir", un moment opportun a retenir. Cette union nationale, au delà des accords partisans de façades et de circonstances (l'histoire nous le montre helas), au delà des calculs et tactiques politiciens ne pourra se faire que si la République, prouvant ainsi sa véritable laïcité, renonce à refouler les appartenances convictionnelles et religieuses hors de la scène publique, les contraignant ainsi a un communautarisme  clandestin et diviseur.
 
 En effet dans notre République arrimée à sa devise "liberté, égalité, fraternité",  il est admis que la fraternité est demeurée l'enfant pauvre, à laquelle quelques uns voudraient ajouter la "laicité";   il conviendrait alors peut-être d'évoquer ici ce que pourrait être une "laïcité fraternelle" : une laïcité fraternelle qui, exorcisant les peurs, nourrirait notre vie commune d'une chair qu'elle a perdu lorsqu'elle se contente d'afficher des principes sans les mettre en œuvre.
 
Eclairée par la fraternité, la liberté se confronterait a la nécessité de "prendre soin de l'autre". Fécondée par la fraternité, l'égalité serait une exigence de justice sans commune mesure avec les frilosités de  nos politiques  publiques économiques , sociales et fiscales.
 
Ensemencée par la fraternité, la laïcité, serait cet espace public où, dans l'amitié entre les communautés, se construirait la communauté des communautés qui sans laisser personne sur le bord du chemin insufflerait de la vie à une citoyenneté responsable parce qu'ouverte, et débarrassée des démons nationalistes, mercantiles, sectaires ou égoïstes.
 
  Mais pour cela, il faut que se lèvent des" Serviteurs"  qui loin des objectifs de carrière, loin des professionnalismes médiatiques, dans une réelle abnégation exemplaire, se donnent au service de frères dont ils seraient assurés de la bienveillance.
 
Le peuple en a assez de la culture du conflit, du repli dans des frontières étanches , nationales, sociales ou religieuses. Le peuple en a assez du culte insensé de la performance, de la surenchère partisane  politicienne stérile et dérisoire  s 'attirant ainsi  la dérision et la méfiance.


Le peuple veut du repos ; un repos qui redonne de la dignité au travail ,du sens a l 'effort, de la vertu au partage.

 Les religions, mais aussi tous les groupes de convictions, ont été parfois causes de malheur. Mais on peut le regretter,  s'en repentir et faire demi tour, et ne pas se laisser instrumentaliser par la volonté du puissance du  Prince en quête de pouvoir sans limites !

Les mêmes si on leur en donne l'occasion, peuvent contribuer à l'engendrement de cet espace public apaisé.
 
C'est pourquoi a ceux qui se préparent a briguer des mandats locaux, là où les solidarités s'éprouvent existentiellement dans la rencontre effective de l'autre, loin des écrans, des guichets informatisés ; à ceux qui auront la chance et l 'obligation lorsqu'ils seront choisis, de porter la responsabilité de faire vivre ensemble des rassemblements divers, sur des territoires où la proximité est encore significative nous voulons dire notre respect et notre exigence:
Respect devant leur engagement,
Exigence eu égard aux attentes.


Nous voulons aussi leur dire notre bienveillance. Des erreurs seront certainement commises, les tâtonnements seront leur quotidien. Mais certains de nos fragilités communes, nous serons ensemble dans la joie des retrouvailles après des temps d 'épreuves, et il y en aura peut-être d'autres, pour construire et reconstruire inlassablement nos cités par nos engagements, nos combats et nos espérances.


Par delà le mal que nous avons fait et que nous ne voulions peut-être pas, par delà le bien que nous n'avons pas su faire et toutes choses que nous regettons, demeure la promesse qu'il sera toujours donné et redonné le désir irreductible de vivre ensemble dans la "liberté, l'égalité et la Fraternité".

Pasteur Jean-Pierre Rive,

Vice-président de Chrétiens en Forum.