L'état de la pauvreté en France en 2017

Dans toutes les administrations françaises, le rapport statistique annuel du Secours Catholique- Caritas France sur la pauvreté fait autorité. Il n'en existe aucun de plus fouillé, de plus documenté, de plus enraciné. Le rapport statistique 2017 a été présenté le 9 novembre dernier. En voici l'éditorial.

 

"Pour vivre ensemble et dans la confiance, chacun doit pouvoir contribuer à la société et être protégé. Le groupe de Maurepas du Secours Catholique le dit avec ses mots : « Ce qu’on cherche, c’est la solidarité. Pas pour en être dépendants, même si on en a aussi besoin, mais pour en être acteurs, dans les deux sens, avec d’autres. »

La solidarité commence par le regard porté sur l’autre. Lorsque ce regard se fait dur, empreint de jugements, il est une véritable violence et entraîne le repli. Claudine qui en a souffert l’exprime ainsi : « J’ai continué à me murer solidement en moi-même, au plus profond. Pour exister quelque part, en dépit de tout, dans l’impénétrable. »

Alors, oui, les préjugés qui circulent sur les chômeurs, les migrants, les bénéficiaires des aides..., sont autant de poids chargés sur leurs épaules, les enferment et les séparent des autres. Ce processus est dramatique pour chaque personne et dévastateur pour la cohésion sociale.

En cette année d’élections, le Secours Catholique-Caritas France a mené une démarche itinérante à travers la France sur le thème « Qui croit encore que les démunis ont la belle vie ? », invitant chacun à une véritable Révolution Fraternelle. Le présent rapport vient clore cette campagne et, chiffres à l’appui, déconstruit ces préjugés.

Les faits et les analyses sont là, partagés par tous ceux qui côtoient ces personnes. Alors la question surgit : saurons-nous relever le défi ? Saurons-nous, ensemble, être solidaires, reconstruire des relations qui n’excluent personne ?

N’exclure personne, cela commence par se donner des objectifs clairs pour réduire la pauvreté sous toutes ses formes, comme notre pays s’y est engagé au titre des Objectifs de développement durable. Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, en France, a augmenté d’un million depuis la crise financière de 2008 pour atteindre aujourd’hui près de 9 millions de personnes.

Lire la suite...

Laisser gratuit l’accès aux cathédrales

Récemment, Stéphane Bern, chargé de mission pour la sauvegarde du petit patrimoine bâti, a émis l'idée de faire payer aux touristes la visite des cathédrales de France. L'Eglise catholique n'est pas d'accord. Voici le texte qu'elle vient de publier.

 

  Alors que la question de rendre payante l’entrée des cathédrales a été posée, l’occasion est donnée de rappeler certains points importants pour l’Eglise catholique.

 Les cathédrales érigées avant 1905 sont propriété de l’Etat tandis que l’Eglise catholique en est affectataire. La Loi de 1905 rappelle que, si l’État est propriétaire des lieux de culte, ceux-ci restent affectés au culte de façon permanente, totale et gratuite. La loi précise encore que « la visite des édifices et l’exposition des objets mobiliers classés seront publiques : elles ne pourront donner lieu à aucune taxe ni redevance » (art.17).

 En outre, les cathédrales, alors même qu’elles font partie du patrimoine culturel de la France, sont avant tout des lieux de prière et de culte dont l’accès doit être libre. En notre époque de bruit et de tribulations, les cathédrales constituent des lieux de paix et d’intériorité, proposés à tous.

 Rendre leur accès payant entamerait la dimension de gratuité que comporte la proposition de la foi, la rencontre avec Dieu, dont les édifices religieux peuvent constituer un cadre. Parce que les cathédrales sont des lieux d’expression de la spiritualité catholique – notamment dans sa dimension artistique -, leur accès libre est aussi un accès libre à la foi chrétienne.

 Les cathédrales sont des lieux d’expression d’une foi vivante, pas des musées.

Lire la suite...

Religion et politique, l'enjeu mondial

   Plus de trente contributeurs font le point sur la globalisation du religieux, les liens entre    nationalisme et religion, l'implication du fait religieux dans les affaires internationales ou encore les violences commises au nom des religions.

 Dieu n'est pas mort. Il fait de la politique.

Partout dans le monde, le religieux est de retour. Son ascendant se ressent à l'intérieur des États comme sur la scène internationale et ce, jusqu’en Occident, où il semblait promis à une irrémédiable occultation.

  Le constat, enthousiasmant pour les uns, dérangeant pour les autres, est sans appel : la modernité n’a  pas induit la disparition sociale, ni surtout politique, du religieux. Trois phénomènes majeurs le traduisent : la polarisation des sociétés partagées entre effacement et réaffirmation des croyances, la politisation renouvelée des religions, la spiritualisation des politiques. Pour autant, il ne s’agit en aucun cas d’un retour aux temps anciens, quand toute vie sociale était configurée par le religieux.

Fruit d’une coopération entre le Centre de recherches internationales de Sciences Po et le Groupe sociétés, religions, laïcités de l’École pratique des hautes études, cet ouvrage révèle toute la complexité d’un espace contemporain en tension perpétuelle entre sécularisation et réenchantement du monde.

Sous la direction d' Alain Dieckhoff et Philippe Portier, cet ouvrage regroupe notamment les analyses de Blandine Chélini-Pont, Jean-Paul Willaime, Valentine Zuber, intervenus dans nos forums, devant les élus locaux.


Edité aux Presses de Sciences Po, 29 €

Mgr André Vingt-Trois : "Il est tentant de faire le tri entre les convictions et les responsabilités"

S'adressant aux parlementaires réunis le 17 octobre à la basilique Sainte Clotilde, à Paris, Mgr André Vingt-Trois a prononcé une homélie vigoureuse. Nous la reproduisons intégralement.

références des textes de la Messe :  Rm 1,16-25 ; Ps 18,2-5 ; Lc 11,37-41

"Mesdames et Messieurs,
  Frères et Sœurs dans le Christ,


La controverse entre Jésus et le pharisien, rapportée par l’évangile de Luc, nous invite à une double réflexion. Tout d’abord, elle permet à Jésus d’évoquer le lieu personnel de la conversion du cœur : ce qui est à l’intérieur de nous-mêmes. Alors que le pharisaïsme concentre son attention sur la conformité des comportements avec la loi et les coutumes, Jésus interroge ce qui est à l’intérieur.

En d’autres passages des évangiles, il traite les pharisiens d’hypocrites parce qu’ils sont plus attentifs à l’apparence extérieure qu’à la réalité de leur engagement de vie. Comment pouvons-nous entendre cette parole et cet appel sans faire un retour sur ce qui relève de notre vie intérieure ? Comment ne pas nous sentir appelés à évaluer le rapport entre ce qui n’apparaît pas et ce qui apparaît ? Et pour ce qui concerne la vie publique, nous savons combien il est tentant de faire le tri entre les convictions et les responsabilités ; les premières seraient appelées à rester secrètes tandis que la vie sociale se règlerait sur les secondes.

La seconde réflexion à laquelle nous invite le dialogue entre Jésus et les pharisiens vise plus nos comportements publics que la conversion des cœurs. L’extension exponentielle des moyens de communication, qu’il s’agisse des réseaux sociaux ou des chaines d’information continue, confronte chacune et chacun des citoyens à une masse d’informations et de commentaires qui dépasse, et de beaucoup, le volume et le rythme réels des événements.

Il s’agit d’une véritable boulimie dont l’effet est de solliciter toujours davantage les réactions immédiates et de substituer progressivement ces réactions aux faits eux-mêmes. Dès lors, l’appréciation et le jugement se déplacent de l’action vers la communication.

Ne risque-t-on pas d’en arriver à...

Lire la suite...

Monseigneur Jacques Habert : « Les églises ne sont pas devenues des musées »

La question agite tous les Conseils municipaux de France : la population tient beaucoup à son église...qui n'est plus guère utilisée. Et qui souvent se dégrade. Que faire ? Faut-il ou non y investir les ressources communales ? Evêque de Séez (Orne), Mgr Jacques Habert a réfléchi pendant deux ans à l’utilisation des églises. Lieux cultuels, elles peuvent intégrer d’autres formes de célébrations et s’ouvrir à d’autres dimensions...

 

L’Église est un lieu consacré qui accueille du public. En quoi la sécurité des églises est-elle un enjeu important ?

De nombreux curés ne veulent pas ouvrir leurs églises par peur des vols. Cet argument peut s’entendre. C’est pourquoi, nous avons mis en place dans le document une information  sur la sécurité pour protéger les biens des églises : les statues, les vitraux ou autres objets religieux. Nous avons aussi évoqué la sécurité des bâtiments pour les jours de célébrations, avec la problématique de vétusté. Enfin, il y a aussi par rapport à l’actualité récente le plan antiterroriste qui nous oblige à mettre en place des mesures de sécurité pour évacuer et protéger les fidèles.

Depuis de nombreuses années, des manifestations culturelles sont aussi organisées dans les églises. Ces évènements constituent-ils une richesse pour l’Eglise ?

Un dialogue entre la culture et la foi a toujours été engagée. L’Église, au sens du bâtiment, est une œuvre culturelle. Nos églises sont des lieux où se déploient une vie culturelle. Le deuxième point de notre appel, était d’être vigilant, pour que les églises restent des lieux affectés au culte, à la prière, pour le peuple de Dieu. Quand les églises s’ouvrent pour des opérations culturelles, l’Église reste dans une grande tradition car elle dialogue avec les cultures que sont la musique, la peinture ou la sculpture.

Les églises peuvent être des charges financières et matérielles, vous invitez les diocèses à se doter de cellule de veille et de vigilance dans le suivi des bâtiments. Quelles sont les enjeux d’une si forte mobilisation ?

Cette cellule de veille composée de laïcs très compétents en matière de questions immobilières, de sécurité ou d’entretien du bâtiment aide le prêtre dans sa charge pastorale. Que les laïcs s’engagent et se forment, c’est une réelle attente des diocèses. En revanche, il peut arriver qu’une association patrimoniale restaure une église, une chapelle ou un clocher et que le curé soit malheureusement le dernier prévenu, ce qui crée des dissensions néfastes car le lieu est affecté au culte. Il faut que l’affectataire soit bien prévenu des opérations réalisées dans le bâtiment.

Vous soulignez que « les églises ne sont pas devenues des musées » ? Pensez-vous qu’il faille dépasser le regard purement esthète, ne pas se limiter à une approche historique ?

Quand une personne rentre dans l’église, il peut venir comme chrétien, chercheur de sens qui vient se recueillir ou amoureux du patrimoine. Celui qui viendrait simplement sous un plan esthétique, nous devons lui manifester que ce lieu est vivant, où des gens prient et célèbrent…Qu’il ne se dise pas que le lieu a été vivant ; il y a quelques siècles, et qu’aujourd’hui c’est un musée. C’est l’une de nos grandes préoccupations. Concernant les églises fortement visitées, nous sommes heureux de voir des lieux réservés à la prière, que l’accueil soit réalisé par des chrétiens et que soit proposés des horaires de célébrations. Bienvenue à tous les visiteurs qui en comprennent l’âme et la signification.

Lire la suite...