Ces villages qui se soucient de leurs églises...

Une journée de sensibilisation a réuni, la semaine dernière à Lyon, une centaine de maires et de curés. Sécurisation, restauration, aménagement : cette rencontre a éclairé le rôle de chacun...

 

Qu’est-ce qu’une église ? La réponse dépend de l’interlocuteur. Pour ce conseiller municipal de Lamure-sur-Azergues, c’est d’abord « un ERP ». Comprendre un « établissement recevant du public », traduit l’élu, soucieux de sa mise aux normes. Pour le maire de Vaux-en-Beaujolais, une commune rurale de 1 100 habitants, c’est une ligne budgétaire. « Je préfère ne pas dire à mes administrés combien elle leur coûte, explique Jean-Charles Perrin. On y célèbre trois messes par an, quelques enterrements et baptêmes. Il faut faire preuve de pragmatisme. »

Cent vingt élus et curés se sont retrouvés la semaine dernière à Lyon avec leurs interrogations, lors d’une journée les invitant à « agir ensemble pour les églises ». Certes, « les relations entre les propriétaires des églises et les affectataires sont excellentes », comme l’a souligné Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire du diocèse de Lyon.

Un plan d’installation de caméras de vidéo-protection

Et, malgré les difficultés, « les élus sont fortement attachés aux lieux de culte », a insisté Claire Peigné, présidente de l’Association des maires du Rhône. L’objet de la journée consistait donc plutôt à mettre de l’huile dans les rouages là où les choses peuvent coincer entre les différents acteurs. Comme sur la sécurité.

Les référents de la gendarmerie et de la police nationale recommanderaient volontiers, comme l’a fait le major Patrick Brayer, de « fermer à clé les églises quand elles ne sont pas utilisées ». Car « la réponse pénale est plus sévère quand un vol est commis avec effraction », a justifié pour la police nationale Carine Rouvière, qui réalise des diagnostics de sécurité à la demande des paroisses. Mais l’un et l’autre ont bien conscience de demander l’impossible. Alors ils ont plutôt insisté sur les mesures de prévention à prendre.

L’une d’entre elles consiste à dresser un inventaire dans les cinq cents églises du diocèse, bien au-delà des 3 500 objets protégés au titre des monuments historiques, pour mieux les identifier en cas de vol. Pour l’heure, seule une dizaine d’églises ont fait l’objet d’un inventaire systématique… Pour prévenir les vols, un plan d’installation de caméras de vidéo-protection a été lancé. Et les statues sont systématiquement scellées après leur retour de restauration.

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Les chrétiens et l'Europe

 Le 28 octobre 2017, le pape François a été invité par la COMECE à s'exprimer sur le thème "(Re)-penser l'Europe : une    contribution chrétienne à l'avenir européen". Voici quelques extraits de son intervention.

 "La première, et peut-être la plus grande contribution que les chrétiens puissent offrir à l’Europe d’aujourd’hui, c’est de lui rappeler qu’elle n’est pas un ensemble de nombres ou d’institutions, mais qu’elle est faite de personnes.

 Malheureusement, on remarque comment souvent tout débat se réduit facilement à une discussion de chiffres. Il n’y a pas les citoyens, il y a les suffrages. Il n’y a pas les migrants, il y a les quotas. Il n’y a pas les travailleurs, il y a les indicateurs économiques. Il n’y a pas les pauvres, il y a les seuils de pauvreté. Le caractère concret de la personne humaine est ainsi réduit à un principe abstrait, plus commode et plus apaisant.

On en saisit la raison : les personnes ont des visages, elles nous obligent à une responsabilité réelle, active ‘‘personnelle’’ ; les chiffres nous occupent avec des raisonnements, certes utiles et importants, mais ils resteront toujours sans âme. Ils nous offrent l’alibi d’un désengagement, parce qu’ils ne nous touchent jamais dans la chair.

Reconnaître que l’autre est surtout une personne signifie valoriser ce qui m’unit à lui. Le fait d’être des personnes nous lie aux autres, nous fait être communauté.

Donc, la deuxième contribution que les chrétiens peuvent offrir à l’avenir de l’Europe est la redécouverte du sens d’appartenance à une communauté. Ce n’est pas un hasard si les Pères fondateurs du projet européen ont choisi précisément ce mot pour identifier le nouveau sujet politique que se constituait.

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Pour bien décider, savoir assumer les tensions (suite)

Par le père Gaston Pietri, du diocèse d'Ajaccio

Y aurait-il une « morale de conviction » et une « morale de responsabilité » ? C’est ce que pense Max Weber. Il consent à l’idée qu’il puisse y avoir, sur certains points, une harmonisation entre les deux. Toutefois il vise de façon expresse le « Sermon sur la montagne » (St Matthieu) comme l’antithèse, pour une morale politique, d'une attitude responsable. Ainsi voit-il dans « aimez vos ennemis », pris à la lettre, la porte ouverte au pacifisme le plus irresponsable. […]

Il faut accorder à cette prise de position que le bien à son plus haut niveau n’est pas toujours possible et raisonnable pour les règles que se donne une société. Pourtant, la question est encore là : lorsque recule jusqu’à s’effacer la préoccupation de la finalité ultime et que disparaît l’horizon de sens qui oriente la marche, la société se déshumanise progressivement.[…]

Weber n’a donc pas tout à fait tort lorsque, pour une attitude politique responsable, il met en avant la prise en charge des conséquences des choix. D’où une raison supplémentaire de refuser une cloison étanche entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

Il est vrai qu’il existe une tension. Celui qui ne l’accepte pas doit renoncer à une action politique directe.[…] Le philosophe protestant Paul Ricoeur estime que la conviction, telle que la vivent des individus et des groupes, ne doit pas se dispenser de faire pression sur les mécanismes sociaux. […] Ricoeur explique que ce sont d’abord « des groupes de pensée, des groupes humanistes, des groupes religieux » qui ont vocation raisonnablement à témoigner de cette morale de conviction.

Ce qui suppose que ces groupes ne vivent pas à part de la société politique, et que cette dernière, de son côté, leur accorde droit à la parole. C’est l’une des formes de la liberté d’expression sans laquelle il n’y a pas de démocratie.

 

Mgr André Vingt-Trois : "Il est tentant de faire le tri entre les convictions et les responsabilités"

S'adressant aux parlementaires réunis le 17 octobre à la basilique Sainte Clotilde, à Paris, Mgr André Vingt-Trois a prononcé une homélie vigoureuse. Nous la reproduisons intégralement.

références des textes de la Messe :  Rm 1,16-25 ; Ps 18,2-5 ; Lc 11,37-41

"Mesdames et Messieurs,
  Frères et Sœurs dans le Christ,


La controverse entre Jésus et le pharisien, rapportée par l’évangile de Luc, nous invite à une double réflexion. Tout d’abord, elle permet à Jésus d’évoquer le lieu personnel de la conversion du cœur : ce qui est à l’intérieur de nous-mêmes. Alors que le pharisaïsme concentre son attention sur la conformité des comportements avec la loi et les coutumes, Jésus interroge ce qui est à l’intérieur.

En d’autres passages des évangiles, il traite les pharisiens d’hypocrites parce qu’ils sont plus attentifs à l’apparence extérieure qu’à la réalité de leur engagement de vie. Comment pouvons-nous entendre cette parole et cet appel sans faire un retour sur ce qui relève de notre vie intérieure ? Comment ne pas nous sentir appelés à évaluer le rapport entre ce qui n’apparaît pas et ce qui apparaît ? Et pour ce qui concerne la vie publique, nous savons combien il est tentant de faire le tri entre les convictions et les responsabilités ; les premières seraient appelées à rester secrètes tandis que la vie sociale se règlerait sur les secondes.

La seconde réflexion à laquelle nous invite le dialogue entre Jésus et les pharisiens vise plus nos comportements publics que la conversion des cœurs. L’extension exponentielle des moyens de communication, qu’il s’agisse des réseaux sociaux ou des chaines d’information continue, confronte chacune et chacun des citoyens à une masse d’informations et de commentaires qui dépasse, et de beaucoup, le volume et le rythme réels des événements.

Il s’agit d’une véritable boulimie dont l’effet est de solliciter toujours davantage les réactions immédiates et de substituer progressivement ces réactions aux faits eux-mêmes. Dès lors, l’appréciation et le jugement se déplacent de l’action vers la communication.

Ne risque-t-on pas d’en arriver à...

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Pour bien décider, savoir assumer les tensions

Par le père Gaston Pietri, du diocèse d'Ajaccio

Une société ne vit pas seulement de l’accumulation de moyens techniques permettant d’assurer sa prospérité matérielle. Plus ou moins prospère selon le cas, elle n’est société humaine que selon les fins qu’elle s’assigne. Dit autrement : ce qu’on appelle le « bien être » ne suffit pas au « bien vivre ».

Sous prétexte qu’il ne lui appartient pas de se prononcer sur les finalités ultimes du destin de l’homme, la politique ne peut s’installer dans l’indifférence vis-à-vis des fins. Sous peine de devenir, comme on dit, de la « realpolitik », c’est-à-dire de céder à un réalisme de bas étage.

Pour sauvegarder le réalisme nécessaire en politique, à l’instigation du sociologue Max Weber dans les années 1920, s’est instaurée une distinction entre « l’éthique de conviction » et « l’éthique de responsabilité ».

S’attachant très particulièrement à « l’éthique de responsabilité », Weber a expliqué que les effets des décisions politiques doivent être envisagés, et que ces effets, en certains cas, peuvent être désastreux. La recherche du Bien à l’échelle d’une société peut tourner, en dépit de la noblesse des intentions, à de graves difficultés pour la vie en commun.

...à suivre...