Religion et politique, l'enjeu mondial

   Plus de trente contributeurs font le point sur la globalisation du religieux, les liens entre    nationalisme et religion, l'implication du fait religieux dans les affaires internationales ou encore les violences commises au nom des religions.

 Dieu n'est pas mort. Il fait de la politique.

Partout dans le monde, le religieux est de retour. Son ascendant se ressent à l'intérieur des États comme sur la scène internationale et ce, jusqu’en Occident, où il semblait promis à une irrémédiable occultation.

  Le constat, enthousiasmant pour les uns, dérangeant pour les autres, est sans appel : la modernité n’a  pas induit la disparition sociale, ni surtout politique, du religieux. Trois phénomènes majeurs le traduisent : la polarisation des sociétés partagées entre effacement et réaffirmation des croyances, la politisation renouvelée des religions, la spiritualisation des politiques. Pour autant, il ne s’agit en aucun cas d’un retour aux temps anciens, quand toute vie sociale était configurée par le religieux.

Fruit d’une coopération entre le Centre de recherches internationales de Sciences Po et le Groupe sociétés, religions, laïcités de l’École pratique des hautes études, cet ouvrage révèle toute la complexité d’un espace contemporain en tension perpétuelle entre sécularisation et réenchantement du monde.

Sous la direction d' Alain Dieckhoff et Philippe Portier, cet ouvrage regroupe notamment les analyses de Blandine Chélini-Pont, Jean-Paul Willaime, Valentine Zuber, intervenus dans nos forums, devant les élus locaux.


Edité aux Presses de Sciences Po, 29 €

Monseigneur Jacques Habert : « Les églises ne sont pas devenues des musées »

La question agite tous les Conseils municipaux de France : la population tient beaucoup à son église...qui n'est plus guère utilisée. Et qui souvent se dégrade. Que faire ? Faut-il ou non y investir les ressources communales ? Evêque de Séez (Orne), Mgr Jacques Habert a réfléchi pendant deux ans à l’utilisation des églises. Lieux cultuels, elles peuvent intégrer d’autres formes de célébrations et s’ouvrir à d’autres dimensions...

 

L’Église est un lieu consacré qui accueille du public. En quoi la sécurité des églises est-elle un enjeu important ?

De nombreux curés ne veulent pas ouvrir leurs églises par peur des vols. Cet argument peut s’entendre. C’est pourquoi, nous avons mis en place dans le document une information  sur la sécurité pour protéger les biens des églises : les statues, les vitraux ou autres objets religieux. Nous avons aussi évoqué la sécurité des bâtiments pour les jours de célébrations, avec la problématique de vétusté. Enfin, il y a aussi par rapport à l’actualité récente le plan antiterroriste qui nous oblige à mettre en place des mesures de sécurité pour évacuer et protéger les fidèles.

Depuis de nombreuses années, des manifestations culturelles sont aussi organisées dans les églises. Ces évènements constituent-ils une richesse pour l’Eglise ?

Un dialogue entre la culture et la foi a toujours été engagée. L’Église, au sens du bâtiment, est une œuvre culturelle. Nos églises sont des lieux où se déploient une vie culturelle. Le deuxième point de notre appel, était d’être vigilant, pour que les églises restent des lieux affectés au culte, à la prière, pour le peuple de Dieu. Quand les églises s’ouvrent pour des opérations culturelles, l’Église reste dans une grande tradition car elle dialogue avec les cultures que sont la musique, la peinture ou la sculpture.

Les églises peuvent être des charges financières et matérielles, vous invitez les diocèses à se doter de cellule de veille et de vigilance dans le suivi des bâtiments. Quelles sont les enjeux d’une si forte mobilisation ?

Cette cellule de veille composée de laïcs très compétents en matière de questions immobilières, de sécurité ou d’entretien du bâtiment aide le prêtre dans sa charge pastorale. Que les laïcs s’engagent et se forment, c’est une réelle attente des diocèses. En revanche, il peut arriver qu’une association patrimoniale restaure une église, une chapelle ou un clocher et que le curé soit malheureusement le dernier prévenu, ce qui crée des dissensions néfastes car le lieu est affecté au culte. Il faut que l’affectataire soit bien prévenu des opérations réalisées dans le bâtiment.

Vous soulignez que « les églises ne sont pas devenues des musées » ? Pensez-vous qu’il faille dépasser le regard purement esthète, ne pas se limiter à une approche historique ?

Quand une personne rentre dans l’église, il peut venir comme chrétien, chercheur de sens qui vient se recueillir ou amoureux du patrimoine. Celui qui viendrait simplement sous un plan esthétique, nous devons lui manifester que ce lieu est vivant, où des gens prient et célèbrent…Qu’il ne se dise pas que le lieu a été vivant ; il y a quelques siècles, et qu’aujourd’hui c’est un musée. C’est l’une de nos grandes préoccupations. Concernant les églises fortement visitées, nous sommes heureux de voir des lieux réservés à la prière, que l’accueil soit réalisé par des chrétiens et que soit proposés des horaires de célébrations. Bienvenue à tous les visiteurs qui en comprennent l’âme et la signification.

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Pour bien décider, savoir assumer les tensions

Par le père Gaston Pietri, du diocèse d'Ajaccio

Une société ne vit pas seulement de l’accumulation de moyens techniques permettant d’assurer sa prospérité matérielle. Plus ou moins prospère selon le cas, elle n’est société humaine que selon les fins qu’elle s’assigne. Dit autrement : ce qu’on appelle le « bien être » ne suffit pas au « bien vivre ».

Sous prétexte qu’il ne lui appartient pas de se prononcer sur les finalités ultimes du destin de l’homme, la politique ne peut s’installer dans l’indifférence vis-à-vis des fins. Sous peine de devenir, comme on dit, de la « realpolitik », c’est-à-dire de céder à un réalisme de bas étage.

Pour sauvegarder le réalisme nécessaire en politique, à l’instigation du sociologue Max Weber dans les années 1920, s’est instaurée une distinction entre « l’éthique de conviction » et « l’éthique de responsabilité ».

S’attachant très particulièrement à « l’éthique de responsabilité », Weber a expliqué que les effets des décisions politiques doivent être envisagés, et que ces effets, en certains cas, peuvent être désastreux. La recherche du Bien à l’échelle d’une société peut tourner, en dépit de la noblesse des intentions, à de graves difficultés pour la vie en commun.

...à suivre...

Pour bien décider, savoir assumer les tensions (suite)

Par le père Gaston Pietri, du diocèse d'Ajaccio

Y aurait-il une « morale de conviction » et une « morale de responsabilité » ? C’est ce que pense Max Weber. Il consent à l’idée qu’il puisse y avoir, sur certains points, une harmonisation entre les deux. Toutefois il vise de façon expresse le « Sermon sur la montagne » (St Matthieu) comme l’antithèse, pour une morale politique, d'une attitude responsable. Ainsi voit-il dans « aimez vos ennemis », pris à la lettre, la porte ouverte au pacifisme le plus irresponsable. […]

Il faut accorder à cette prise de position que le bien à son plus haut niveau n’est pas toujours possible et raisonnable pour les règles que se donne une société. Pourtant, la question est encore là : lorsque recule jusqu’à s’effacer la préoccupation de la finalité ultime et que disparaît l’horizon de sens qui oriente la marche, la société se déshumanise progressivement.[…]

Weber n’a donc pas tout à fait tort lorsque, pour une attitude politique responsable, il met en avant la prise en charge des conséquences des choix. D’où une raison supplémentaire de refuser une cloison étanche entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

Il est vrai qu’il existe une tension. Celui qui ne l’accepte pas doit renoncer à une action politique directe.[…] Le philosophe protestant Paul Ricoeur estime que la conviction, telle que la vivent des individus et des groupes, ne doit pas se dispenser de faire pression sur les mécanismes sociaux. […] Ricoeur explique que ce sont d’abord « des groupes de pensée, des groupes humanistes, des groupes religieux » qui ont vocation raisonnablement à témoigner de cette morale de conviction.

Ce qui suppose que ces groupes ne vivent pas à part de la société politique, et que cette dernière, de son côté, leur accorde droit à la parole. C’est l’une des formes de la liberté d’expression sans laquelle il n’y a pas de démocratie.

 

Elections 2017 : analyses

Le 22 juin 2017, à l'occasion de son Assemblée générale, Chrétiens en Forum demandait à trois personnalités qualifiées -Jean-Louis Bourlanges,  Nathalie Leenhardt, François Ernenwein - de nous livrer leur analyse des résultats des élections 2017 en France.

Voici pour commencer celle de Jean-Louis Bourlanges, député LREM et ancien député européen :

Jean-Louis Bourlanges - (ex-parlementaire européen MODEM avant d’être élu en juin 2017 député « En Marche ! ») l’affirme : on ne peut pas comprendre les résultats des dernières élections en France si on ne les replace pas dans un contexte européen, caractérisé par la renaissance d’une menace pour l’Occident – le terrorisme et le salafisme -, le retour sur la scène mondiale d’une Russie agressive et ambitieuse, les dérobades de l’allié américain et la conscience naissante que la globalisation n’est pas une option mais une figure imposée.

Les vagues migratoires, les questions climatiques, les crises économiques montrent que les défis deviennent transnationaux.

 

Un nouveau cycle européen

La conjonction de ces phénomènes inaugure un nouveau cycle pour l’Europe. Autant cette dernière était en panne depuis la fin du XXème siècle, autant on commence à percevoir que la réponse aux grands défis actuels ne peut venir que d’une union des Européens.

Cela a ébranlé en profondeur la société française, tentée jusque-là par les replis identitaires (populismes) et individualistes (ultra libéralisme). Les camps politiques n’ont pas été épargnés, car la question de l’Europe les a fracturés de l’intérieur : on a ainsi vu une gauche anti-européenne s’opposer violemment à une gauche pro-européenne et une droite pro-européenne en butte à une droite anti-européenne.

C’est dans ce contexte qu’émerge « la fusée Macron ».

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