Pour bien décider, savoir assumer les tensions (suite)

Par le père Gaston Pietri, du diocèse d'Ajaccio

Y aurait-il une « morale de conviction » et une « morale de responsabilité » ? C’est ce que pense Max Weber. Il consent à l’idée qu’il puisse y avoir, sur certains points, une harmonisation entre les deux. Toutefois il vise de façon expresse le « Sermon sur la montagne » (St Matthieu) comme l’antithèse, pour une morale politique, d'une attitude responsable. Ainsi voit-il dans « aimez vos ennemis », pris à la lettre, la porte ouverte au pacifisme le plus irresponsable. […]

Il faut accorder à cette prise de position que le bien à son plus haut niveau n’est pas toujours possible et raisonnable pour les règles que se donne une société. Pourtant, la question est encore là : lorsque recule jusqu’à s’effacer la préoccupation de la finalité ultime et que disparaît l’horizon de sens qui oriente la marche, la société se déshumanise progressivement.[…]

Weber n’a donc pas tout à fait tort lorsque, pour une attitude politique responsable, il met en avant la prise en charge des conséquences des choix. D’où une raison supplémentaire de refuser une cloison étanche entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

Il est vrai qu’il existe une tension. Celui qui ne l’accepte pas doit renoncer à une action politique directe.[…] Le philosophe protestant Paul Ricoeur estime que la conviction, telle que la vivent des individus et des groupes, ne doit pas se dispenser de faire pression sur les mécanismes sociaux. […] Ricoeur explique que ce sont d’abord « des groupes de pensée, des groupes humanistes, des groupes religieux » qui ont vocation raisonnablement à témoigner de cette morale de conviction.

Ce qui suppose que ces groupes ne vivent pas à part de la société politique, et que cette dernière, de son côté, leur accorde droit à la parole. C’est l’une des formes de la liberté d’expression sans laquelle il n’y a pas de démocratie.

 

Pour bien décider, savoir assumer les tensions

Par le père Gaston Pietri, du diocèse d'Ajaccio

Une société ne vit pas seulement de l’accumulation de moyens techniques permettant d’assurer sa prospérité matérielle. Plus ou moins prospère selon le cas, elle n’est société humaine que selon les fins qu’elle s’assigne. Dit autrement : ce qu’on appelle le « bien être » ne suffit pas au « bien vivre ».

Sous prétexte qu’il ne lui appartient pas de se prononcer sur les finalités ultimes du destin de l’homme, la politique ne peut s’installer dans l’indifférence vis-à-vis des fins. Sous peine de devenir, comme on dit, de la « realpolitik », c’est-à-dire de céder à un réalisme de bas étage.

Pour sauvegarder le réalisme nécessaire en politique, à l’instigation du sociologue Max Weber dans les années 1920, s’est instaurée une distinction entre « l’éthique de conviction » et « l’éthique de responsabilité ».

S’attachant très particulièrement à « l’éthique de responsabilité », Weber a expliqué que les effets des décisions politiques doivent être envisagés, et que ces effets, en certains cas, peuvent être désastreux. La recherche du Bien à l’échelle d’une société peut tourner, en dépit de la noblesse des intentions, à de graves difficultés pour la vie en commun.

...à suivre...

Ménageons et partageons le territoire !

La Fédération Nationale des SAFER (Sociétés d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural) a publié le 31 mai 2017 un communiqué sur l'accaparement et l'artificialisation des terres agricoles en France. Cette question touche de près de très nombreux élus de notre réseau. Nous reproduisons donc ici ce communiqué dans son intégralité.

 

" L’artificialisation repart et l’accaparement des terres se poursuit : deux tendances majeures qui nous conduisent à des impasses.

 En France, le marché de l’artificialisation a été divisé par 2 entre 2007 et 2014. Mais, depuis 2015, il repart à la hausse. Ne l’oublions pas : la vie de chacun d’entre nous dépend  des espaces naturels (agricoles, forestiers et autres). Ces espaces étant finis, un monde durable exige l’arrêt de l’imperméabilisation de nos territoires.

 Nous protégeons d’ores et déjà les forêts et les espaces de biodiversité remarquable. Nous devons, de même, protéger les sols agricoles, en priorité ceux qui présentent le meilleur potentiel. Cette protection est indispensable pour s’adapter au réchauffement climatique et réduire le déficit européen de terres agricoles  – l’Europe importe déjà l’équivalent de 20 % de sa surface agricole.

 La concentration des terres en France conduit souvent à des systèmes de production qui génèrent moins de valeur ajoutée  et d’emplois. Deux critères que collectivement nous aurions pourtant intérêt à favoriser, l’espace agricole étant contraint.

 La régulation foncière doit permettre d’augmenter le nombre d’agriculteurs quand un marché non régulé en diminue le nombre. Pour ce faire, les terres agricoles mises sur le marché doivent pouvoir être orientées vers les porteurs de projets répondant aux  objectifs des politiques publiques. C’est tout le sens de la régulation des marchés que les Safer entendent continuer d’exercer.

 A l’avenir, les espaces agricoles seront au cœur de concurrences de plus en plus fortes, avec la croissance de la demande alimentaire mondiale, la pression foncière urbaine ou  encore la lutte contre le réchauffement climatique. Au-delà des avancées significatives des dernières législations, une prochaine loi foncière devra permettre d’apporter les réponses à ces enjeux majeurs. "

 

NB : Le magazine Le prix des terres – Analyse des marchés fonciers ruraux 2016 est disponible au prix de 30 € (hors frais de port) sur le site : www.le-prix-des-terres.fr

Elections 2017 : analyses

Le 22 juin 2017, à l'occasion de son Assemblée générale, Chrétiens en Forum demandait à trois personnalités qualifiées -Jean-Louis Bourlanges,  Nathalie Leenhardt, François Ernenwein - de nous livrer leur analyse des résultats des élections 2017 en France.

Voici pour commencer celle de Jean-Louis Bourlanges, député LREM et ancien député européen :

Jean-Louis Bourlanges - (ex-parlementaire européen MODEM avant d’être élu en juin 2017 député « En Marche ! ») l’affirme : on ne peut pas comprendre les résultats des dernières élections en France si on ne les replace pas dans un contexte européen, caractérisé par la renaissance d’une menace pour l’Occident – le terrorisme et le salafisme -, le retour sur la scène mondiale d’une Russie agressive et ambitieuse, les dérobades de l’allié américain et la conscience naissante que la globalisation n’est pas une option mais une figure imposée.

Les vagues migratoires, les questions climatiques, les crises économiques montrent que les défis deviennent transnationaux.

 

Un nouveau cycle européen

La conjonction de ces phénomènes inaugure un nouveau cycle pour l’Europe. Autant cette dernière était en panne depuis la fin du XXème siècle, autant on commence à percevoir que la réponse aux grands défis actuels ne peut venir que d’une union des Européens.

Cela a ébranlé en profondeur la société française, tentée jusque-là par les replis identitaires (populismes) et individualistes (ultra libéralisme). Les camps politiques n’ont pas été épargnés, car la question de l’Europe les a fracturés de l’intérieur : on a ainsi vu une gauche anti-européenne s’opposer violemment à une gauche pro-européenne et une droite pro-européenne en butte à une droite anti-européenne.

C’est dans ce contexte qu’émerge « la fusée Macron ».

Lire la suite...

François Soulage : " Monsieur le Président, on vous attend sur les inégalités !"

François SOULAGE, Président de Chrétiens en Forum et du Collectif Alerte, a accordé le 11 mai dernier une interview au journal La Croix. Il exprime ses attentes pour le nouveau quinquennat.

 

  • Cette présidentielle a débouché sur une marginalisation des partis traditionnels et un très fort vote contestataire, avec un record de voix pour le Front national. Que dit-elle sur la société française ?

François Soulage : Elle nous montre une société minée par une vraie crise de confiance. Une crise de confiance en l’avenir, mais aussi entre le peuple et les élites, et même entre les individus eux-mêmes. Les gens ont l’impression que les partis traditionnels ne les écoutent plus et n’agissent plus pour eux. D’où une colère, une envie de renverser la table, qui alimente le vote contestataire.

 Il y a dans le bulletin Mélenchon l’envie de tout chambouler, avec l’espoir d’une autre politique. J’ai l’impression que l’électeur Le Pen exprime un ras-le-bol plus définitif, un repli. Et puis il y a le vote Macron, qui est l’expression d’un électorat central plutôt que centriste, qui n’a pas peur de la mondialisation ou qui ne veut pas de Madame Le Pen. Mais qui, tout en ne se reconnaissant plus dans le projet de tel ou tel parti, a envie d’une vision nouvelle.

 

  • Le clivage entre perdants et gagnants de la mondialisation est-il pertinent pour analyser les fractures du pays ?

 F. S. : Absolument. On a bien d’un côté ceux qui pensent que, dans cette mondialisation, la France va tirer son épingle du jeu et qui appréhendent les changements à venir avec une relative sérénité. Et de l’autre, ceux qui estiment que la France ne remontera jamais la pente et qui se disent : moi, je suis déjà dans une situation difficile, je ne vais jamais m’en sortir. Cela crée une désespérance. Cette fracture existe aussi vis-à-vis de l’Europe, que certains voient encore comme une voie alternative au modèle nord-américain ou asiatique tandis que d’autres ne la considèrent plus que sous ses aspects négatifs.

Lire la suite...