François Soulage : " Monsieur le Président, on vous attend sur les inégalités !"

François SOULAGE, Président de Chrétiens en Forum et du Collectif Alerte, a accordé le 11 mai dernier une interview au journal La Croix. Il exprime ses attentes pour le nouveau quinquennat.

 

  • Cette présidentielle a débouché sur une marginalisation des partis traditionnels et un très fort vote contestataire, avec un record de voix pour le Front national. Que dit-elle sur la société française ?

François Soulage : Elle nous montre une société minée par une vraie crise de confiance. Une crise de confiance en l’avenir, mais aussi entre le peuple et les élites, et même entre les individus eux-mêmes. Les gens ont l’impression que les partis traditionnels ne les écoutent plus et n’agissent plus pour eux. D’où une colère, une envie de renverser la table, qui alimente le vote contestataire.

 Il y a dans le bulletin Mélenchon l’envie de tout chambouler, avec l’espoir d’une autre politique. J’ai l’impression que l’électeur Le Pen exprime un ras-le-bol plus définitif, un repli. Et puis il y a le vote Macron, qui est l’expression d’un électorat central plutôt que centriste, qui n’a pas peur de la mondialisation ou qui ne veut pas de Madame Le Pen. Mais qui, tout en ne se reconnaissant plus dans le projet de tel ou tel parti, a envie d’une vision nouvelle.

 

  • Le clivage entre perdants et gagnants de la mondialisation est-il pertinent pour analyser les fractures du pays ?

 F. S. : Absolument. On a bien d’un côté ceux qui pensent que, dans cette mondialisation, la France va tirer son épingle du jeu et qui appréhendent les changements à venir avec une relative sérénité. Et de l’autre, ceux qui estiment que la France ne remontera jamais la pente et qui se disent : moi, je suis déjà dans une situation difficile, je ne vais jamais m’en sortir. Cela crée une désespérance. Cette fracture existe aussi vis-à-vis de l’Europe, que certains voient encore comme une voie alternative au modèle nord-américain ou asiatique tandis que d’autres ne la considèrent plus que sous ses aspects négatifs.

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Motion contre la hiérarchisation des citoyens et des territoires

L'Association des Maires Ruraux de France a adopté, lors de son Assemblée générale du 19 mars dernier, trois motions importantes. C'est avec son aimable autorisation que nous reproduisons ici celle contre la hiérarchisation des citoyens et des territoires.

 

Les maires ruraux de France, réunis en Assemblée générale à Lyon, dénoncent l’idéologie urbaine que portent l’administration et une partie du champ politique et médiatique. La conséquence en est la définition de politiques publiques qui se font souvent au détriment de la recherche d’équilibre entre les territoires.

 La loi de  janvier 2014 de modernisation de l'action  publique territoriale et d'affirmation des métropoles («MAPTAM») et la loi d’août 2015 portant Nouvelle Organisation Territoriale de la République («NOTRe») diffusent, ensemble, l’idée d’une hiérarchisation entre collectivités suivant le crédo «plus c’est gros, mieux c’est».

 

Les 15 métropoles (Paris, Aix-Marseille-Provence, Lyon, Bordeaux, Brest, Grenoble, Lille, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulouse) se verront rejoindre par 7 autres portant à 22 métropoles en 2018 (loi relative au statut de Paris donnant la possibilité à: Dijon, Orléans, Saint-Étienne, Toulon, Clermont-Ferrand, Metz et Tours de bénéficier de ce statut).

Ce modèle de développement de notre pays lui est préjudiciable. Que penser des autres villes qui s’autoproclament «métropole» sans en avoir les caractéristiques objectives et légales ?

 La création de métropoles ne peut être la réponse unique aux problématiques d’organisation territoriale et d’occupation de l’espace. L’essentiel du territoire géographique  métropolitain et ultramarin est rural. Il ne peut pas être considéré plus longtemps comme de simples interstices séparant les métropoles.

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Faire émerger le désir politique

Dans ce billet, le père Jean Guellerin fc se penche sur la refondation du politique, à partir de lectures récentes.

La politique  n’appartient pas à quelques spécialistes, même s’il faut des gens compétents à la tête d’un pays comme d’une ville. Elle est l’affaire de tous : « que les gens se mettent en route, qu’ils participent. Mais pour cela, il faut que l’homme politique renonce à tout faire »… « On désire autre chose que soi, on ne renonce pas à l’autorité, mais on renonce à l’autoritarisme et à la séduction qui vont de pair. »[i]

En fait, la démocratie propose la gestion d’un vivre-ensemble en concertation avec tous ; pour cela, il s’agit de faire émerger le désir politique chez chaque citoyen. C’est l’un des objets de la démocratie participative. Il faut être capable de beaucoup d’amour, ce qui n’est évidemment pas réservé aux chrétiens. Mais la foi chrétienne peut le rappeler aux hommes politiques chercheurs de Dieu. […]

Bien sûr l’action politique ne demande pas d’agir selon nos sentiments, car nous retombons dans le domaine des émotions. « Il nous est demandé une action. L’amour comme action est certainement, oui, le dénominateur commun et l’horizon de la vie spirituelle et de la vie politique »[ii].

La politique en France est en crise. Il s’agit bien dans notre système politique d’une crise de sens. « C’est pourquoi la politique et la spiritualité ont à s’apporter et à s’alimenter l’une et l’autre. »[iii]

Les évêques de France soulignent la nécessité de refonder la démarche politique avec un horizon offert aux citoyens, avec un souci premier du Bien commun, avec un désir du vivre-ensemble tenant compte de nos différences, avec à la clé une restauration de la confiance. La France seule ne peut redonner souffle à la politique.

Cette refondation du politique peut s’inspirer de la démarche des premiers fondateurs de l’Europe, avec Robert Schuman, Edmond Michelet entre autres, quand ils ont voulu redonner de la cohésion aux nations meurtries par la Seconde guerre mondiale. Réconciliation entre la France et l’Allemagne et au-delà ! Ces hommes de sensibilités différentes ont montré toute la noblesse du service politique.

 

Jean Guellerin, fc



[i] In « Le complexe d’Elie », Marion Muller-Collard, ed. Labor et Fides, 2016

[ii] Ibidem, p 85

[iii] Ibidem, p 171

ACCUEILLIR LES MIGRANTS, SERVIR LA COHESION SOCIALE

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Eclairage biblique

par Soeur Geneviève Médevielle, S.A.

Professeur honoraire de Théologie morale au Theologicum de l’Institut Catholique de Paris
Vice-Recteur honoraire de l’Institut Catholique de Paris

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Elus, fonctionnaires territoriaux : associer les plus pauvres à la lutte contre la pauvreté, une chance pour votre commune

Le Secours catholique a récemment publié un fascicule pour les élus locaux et les fonctionnaires territoriaux,  afin de mettre en valeur la participation des plus démunis à la lutte contre la pauvreté.

 

Associer les plus pauvres, pour quoi faire ?

Le Secours catholique est convaincu que les personnes qui vivent en situation de précarité développent des savoir-faire et des stratégies pour assurer leur survie, préserver le devenir de leurs enfants, et garder des liens avec une société qui pourtant leur laisse peu de place.

Le long compagnonnage de l’association avec les personnes en difficulté l’a amené à les associer à la réflexion et aux actions de l’association : ainsi les personnes se sentent reconnues et apportent l’expertise de leur vécu à l’action du Secours catholique.

L’exercice de la citoyenneté est un sujet qui compte pour les plus exclus. Les équipes municipales, les CCAS, auraient beaucoup à gagner, et certains le font déjà, à reconnaitre et valoriser les contributions de ce es personnes. Elles sont à même de porter des propositions les concernant directement. Elles sont en capacité de contribuer dans leur quartier à un vivre ensemble de qualité et à l’élaboration de politiques locales.

Comment faire vivre la participation dans votre commune ?

  • En s’appuyant sur des associations locales de lutte contre la pauvreté qui savent déjà animer de telles démarches collectives.
  • En créant des occasions de rencontre avec des groupes de personnes en précarité : un rendez-vous régulier afin de faciliter l’écoute et la compréhension mutuelles ; une consultation lors de la mise en place d’un nouveau dispositif, l’évaluation de pratiques, la définition de nouvelles orientations…
  • En favorisant la présence des personnes en situation de pauvreté au sein des instances de consultation : création d’un conseil consultatif ou d’un comité d’usagers auprès du Conseil municipal ou du CCAS ; présence dans les Conseils de quartiers.
  • En ayant plus généralement le souci d’être compréhensible et accessible à travers les outils d’information, les documents municipaux, le site internet, et lors de l’accueil des personnes.

 

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