L'Europe en question, quel regard de l'Eglise ?

Mgr Antoine Hérouard, Evêque auxiliaire de Lille, est le représentant de la Conférence des Evêques de France à la COMECE. Tout au long des mois de mars et avril 2019, il donne un cycle de conférences sur l'Europe, en vue des élections de mai. En voici la ligne directrice.

 

 "Il est banal de souligner que  l’Europe n’a pas bonne presse : elle semble lointaine,  technocratique, souvent inefficace. Elle paraît incapable de définir des politiques communes, comme sur la question des migrants et des réfugiés. La défense des seuls intérêts nationaux sans recherche d’un bien commun européen et la montée des diverses formes de « populisme » rendent l’Europe responsable de bien des maux et des déficiences des gouvernements.

Si avec le Brexit, c’est la première fois qu’un pays européen quitte l’Union, c’est sans doute aussi la première fois où l’enjeu des élections au Parlement européen peut permettre dans les différents pays une vraie thématique européenne. Quelle Europe voulons-nous pour demain ? Il ne suffit pas de critiquer les insuffisances, les lourdeurs bureaucratiques ou les échecs de l’Europe sans s’interroger plus profondément sur ce qui en est la cause : par exemple, dans la crise migratoire et ses conséquences, est-ce les institutions européennes qui n’ont pas fonctionné ou l’égoïsme des états membres qui n’a pas permis de définir une politique commune et des responsabilités partagées ?

Ces questions d’ordre politique, intéressent et concernent aussi l’Eglise dans sa mission propre. C’est vrai d’abord au niveau historique dans l’engagement en faveur de la Paix dont nous voyons toujours la fragilité, particulièrement en cette année du centenaire de la fin de la première guerre mondiale où nous nous souvenons des millions de morts qu’elle a entraîné, comme une saignée béante pour notre continent. Si la Paix semble aujourd’hui acquise pour les jeunes générations, rappelons-nous que la guerre est aussi à notre porte (hier dans les Balkans, aujourd’hui en Ukraine…).

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Une lettre pastorale pour le monde rural.

Espérer au cœur des mutations du monde rural  : tel est le nom de la lettre pastorale publiée le 18 février 2019, par les évêques de Clermont, Moulins, Le Puy-en-Velay et Saint-Flour. Ils y proposent une réflexion sur la ruralité, ses défis, ses changements, son Église.

Ce travail fait écho à celui entrepris il y a trois ans par Chrétiens en Forum avec le diocèse de Clermont-Ferrand, qui avait pour thème : "Le monde rural innove : un espoir pour tous nos territoires".

Dans les diocèses d’Auvergne  très majoritairement ruraux, les mutations actuelles du monde rural modifient la vie des hommes, des communes et des paroisses. Elles sont souvent l’objet d’un dialogue avec les élus locaux qui, au service des communes, font face avec courage à des situations souvent difficiles à vivre. Ces transformations invitent également à adapter ou à repenser l’organisation locale de l’Église diocésaine. Pasteurs au service des communautés qui leur sont confiées, les évêques souhaitent contribuer à la réflexion menée, tant dans la vie de l’Église en France que dans la société civile, pour répondre aux défis posés par les mutations du monde rural aujourd’hui.

Cette lettre pastorale est disponible en cliquant ICI.

Pape François : "La bonne politique est au service de la paix"

 Dans son message pour la journée mondiale de la Paix, François ne parle cette année que de politique ! On y trouve matière à  réfléchir, quand on est chrétien et élu. Ce quel que soit le mandat que l'on détient.

Nous ne pouvions pas espérer de plus beau cadeau !

 

MESSAGE DU SAINT-PÈRE
FRANÇOIS
POUR LA CÉLÉBRATION DE LA
LIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2019

 

La bonne politique est au service de la paix

 1. ‘‘Paix à cette maison !’’

En envoyant ses disciples en mission, Jésus leur dit : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘‘Paix à cette maison’’. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra vers vous » (Lc 10, 5-6).

Offrir la paix est au cœur de la mission des disciples du Christ. Et cette offre est adressée à tous ceux qui, hommes et femmes, aspirent à la paix au milieu des drames et des violences de l’histoire humaine[1]. La ‘‘maison’’ dont parle Jésus, c’est chaque famille, chaque communauté, chaque pays, chaque continent, dans sa particularité et dans son histoire ; c’est avant tout chaque personne, sans distinctions ni discriminations. C’est aussi notre ‘‘maison commune’’ : la planète où Dieu nous a mis pour y vivre et dont nous sommes appelés à prendre soin avec sollicitude.

C’est donc également mon vœu au début de l’année nouvelle : ‘‘Paix à cette maison !’’.

2.  Le défi de la bonne politique

La paix est comme l’espérance dont parle le poète Charles Péguy [2]; elle est comme une fleur fragile qui cherche à s’épanouir au milieu des pierres de la violence. Nous le savons : la recherche du pouvoir à tout prix porte à des abus et à des injustices. La politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme, mais quand elle n’est pas vécue comme un service à la collectivité humaine par ceux qui l’exercent, elle peut devenir un instrument d’oppression, de marginalisation, voire de destruction.

« Si quelqu’un veut être le premier, dit Jésus, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35). Comme le soulignait saint Paul VI : « Prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux – local, régional et mondial –, c’est affirmer le devoir de l’homme, de tout homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de la liberté de choix qui lui est offerte pour chercher à réaliser ensemble le bien de la cité, de la nation, de l’humanité »[3].

En effet, la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour tous ceux qui reçoivent le mandat de servir leur pays, de protéger les habitants et de travailler pour asseoir les conditions d’un avenir digne et juste. Accomplie dans le respect fondamental de la vie, de la liberté et de la dignité des personnes, la politique peut devenir vraiment une forme éminente de charité.

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Les citoyens prennent goût au grand débat

Les réunions locales qui se succèdent depuis un mois traduisent un désir fort de s’exprimer autrement que par le vote.

Article paru dans La Croix du 13 février 2019, et reproduit avec l'aimable autorisation de la rédaction.

Depuis le 15 janvier, les Méricourtois voient peu leur maire. En tant que président de l’Association des maires ruraux des Yvelines, Philippe Geslan passe de commune en commune aider ses homologues du département à organiser des réunions locales. L’élu en est à sa treizième en moins d’un mois. « Ma grande surprise c’est qu’à chaque réunion, on nous demande d’en organiser une nouvelle, sur un thème plus précis, pour “aller plus au fond des sujets”. Certains demandent aussi de laisser les cahiers de doléances ouverts dans les mairies de façon permanente. »

L’envie de s’exprimer autrement qu’en plaçant un bulletin dans l’urne est latente depuis plusieurs années. « C’est quand même curieux. On disait que les gens s’étaient détournés de la vie publique, mais là, ils en redemandent », constate Philippe Geslan, qui décrit des échanges « constructifs » et « bienveillants » avec les citoyens qu’il rencontre.

Apprentissage du débat

Le gouvernement recense actuellement près de 6 000 réunions, lors desquelles certains viennent simplement écouter, un carnet de notes à la main, « pour se faire un avis ». D’autres ont au préalable rempli le questionnaire proposé par le gouvernement et se montrent aussi scrupuleux qu’inquiets : « Ce n’est pas grave si je n’ai pas rempli toutes les questions ? », est-il par exemple fréquemment demandé.

Parfois encore,

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Gilets jaunes : un positionnement chrétien


« Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune »...

Depuis plusieurs semaines le mouvement des « gilets jaunes » révèle de profondes fractures, anciennes et qui s’agrandissent encore, fractures sociales et territoriales, entrainant des sentiments d’abandon et d’exclusion, de délaissement, d’injustice et d’humiliation. Ce mouvement exprime une colère réelle pouvant, pour certains, générer une violence destructrice, comme une réponse à la violence sociale vécue par beaucoup.

Ce mouvement ne laisse pas les chrétiens indifférents. Dans son encyclique Laudato si’, le pape François nous invite à « s’asseoir pour penser et pour discuter avec honnêteté des conditions de vie et de survie d’une société, pour remettre en question les modèles de développement, de production et de consommation. » (François, Laudato si’, 138, 2015)

L’heure est venue de mener ce débat et les chrétiens doivent y prendre toute leur place en rappelant les balises qui sont les leurs.

Première balise, l’option préférentielle pour les pauvres. Oui, la transition écologique est nécessaire, mais pour le pape François « tout est lié », « tout est intimement lié », comme il l’écrit maintes fois dans Laudato si’. Nous devons entendre à la fois le cri de la Création et le cri des pauvres. L’écologie est un appel à la conversion des modes de vie, pas une punition infligée aux plus pauvres qui sont déjà les premières victimes de la dégradation de leur environnement et de leur cadre de vie. Le pape nous rappelle qu’« une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » (LS 49) Il n’y aura pas de transition écologique sans justice sociale !

Notre modèle économique qui pousse à la recherche du profit est efficace pour créer de la richesse, mais cette richesse doit être mise au service de tous les hommes : « En réalité, aucun profit n’est légitime lorsque fait défaut la vision de la promotion intégrale de la personne humaine, de la destination universelle des biens et de l’option préférentielle des pauvres. » (OEconomicae et pecuniariæ quæstiones, 10, 2018)

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