Les citoyens prennent goût au grand débat

Les réunions locales qui se succèdent depuis un mois traduisent un désir fort de s’exprimer autrement que par le vote.

Article paru dans La Croix du 13 février 2019, et reproduit avec l'aimable autorisation de la rédaction.

Depuis le 15 janvier, les Méricourtois voient peu leur maire. En tant que président de l’Association des maires ruraux des Yvelines, Philippe Geslan passe de commune en commune aider ses homologues du département à organiser des réunions locales. L’élu en est à sa treizième en moins d’un mois. « Ma grande surprise c’est qu’à chaque réunion, on nous demande d’en organiser une nouvelle, sur un thème plus précis, pour “aller plus au fond des sujets”. Certains demandent aussi de laisser les cahiers de doléances ouverts dans les mairies de façon permanente. »

L’envie de s’exprimer autrement qu’en plaçant un bulletin dans l’urne est latente depuis plusieurs années. « C’est quand même curieux. On disait que les gens s’étaient détournés de la vie publique, mais là, ils en redemandent », constate Philippe Geslan, qui décrit des échanges « constructifs » et « bienveillants » avec les citoyens qu’il rencontre.

Apprentissage du débat

Le gouvernement recense actuellement près de 6 000 réunions, lors desquelles certains viennent simplement écouter, un carnet de notes à la main, « pour se faire un avis ». D’autres ont au préalable rempli le questionnaire proposé par le gouvernement et se montrent aussi scrupuleux qu’inquiets : « Ce n’est pas grave si je n’ai pas rempli toutes les questions ? », est-il par exemple fréquemment demandé.

Parfois encore,

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Pape François : "La bonne politique est au service de la paix"

 Dans son message pour la journée mondiale de la Paix, François ne parle cette année que de politique ! On y trouve matière à  réfléchir, quand on est chrétien et élu. Ce quel que soit le mandat que l'on détient.

Nous ne pouvions pas espérer de plus beau cadeau !

 

MESSAGE DU SAINT-PÈRE
FRANÇOIS
POUR LA CÉLÉBRATION DE LA
LIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2019

 

La bonne politique est au service de la paix

 1. ‘‘Paix à cette maison !’’

En envoyant ses disciples en mission, Jésus leur dit : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘‘Paix à cette maison’’. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra vers vous » (Lc 10, 5-6).

Offrir la paix est au cœur de la mission des disciples du Christ. Et cette offre est adressée à tous ceux qui, hommes et femmes, aspirent à la paix au milieu des drames et des violences de l’histoire humaine[1]. La ‘‘maison’’ dont parle Jésus, c’est chaque famille, chaque communauté, chaque pays, chaque continent, dans sa particularité et dans son histoire ; c’est avant tout chaque personne, sans distinctions ni discriminations. C’est aussi notre ‘‘maison commune’’ : la planète où Dieu nous a mis pour y vivre et dont nous sommes appelés à prendre soin avec sollicitude.

C’est donc également mon vœu au début de l’année nouvelle : ‘‘Paix à cette maison !’’.

2.  Le défi de la bonne politique

La paix est comme l’espérance dont parle le poète Charles Péguy [2]; elle est comme une fleur fragile qui cherche à s’épanouir au milieu des pierres de la violence. Nous le savons : la recherche du pouvoir à tout prix porte à des abus et à des injustices. La politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme, mais quand elle n’est pas vécue comme un service à la collectivité humaine par ceux qui l’exercent, elle peut devenir un instrument d’oppression, de marginalisation, voire de destruction.

« Si quelqu’un veut être le premier, dit Jésus, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35). Comme le soulignait saint Paul VI : « Prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux – local, régional et mondial –, c’est affirmer le devoir de l’homme, de tout homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de la liberté de choix qui lui est offerte pour chercher à réaliser ensemble le bien de la cité, de la nation, de l’humanité »[3].

En effet, la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour tous ceux qui reçoivent le mandat de servir leur pays, de protéger les habitants et de travailler pour asseoir les conditions d’un avenir digne et juste. Accomplie dans le respect fondamental de la vie, de la liberté et de la dignité des personnes, la politique peut devenir vraiment une forme éminente de charité.

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12 raisons de dire NON à l'euthanasie et OUI aux soins palliatifs...

 

 Nous retranscrivons ci-dessous un texte important, publié  il y a quelques jours par un collectif de 175 associations de bénévoles en soins palliatifs. Ces associations ne sont pas confessionnelles pour la plupart. Elles rassemblent plusieurs milliers de bénévoles. Leur manifeste, fondé sur leur expérience de terrain, donne à réfléchir à tous. Et en priorité aux responsables politiques.

 

DONNER LA MORT NE SERA JAMAIS UN SOIN...

 

1. Chacun doit vivre dans la dignité, jusqu’au bout de sa vie

Toute personne, quels que soient sa situation et son état médical, est intrinsèquement digne. Même dans les situations les plus redoutées, les équipes de soins palliatifs mettent tout leur cœur et leur savoir-faire à sauvegarder la dignité véritable des patients. Considérer que l’on assure la dignité d’une personne en lui donnant la mort est une défaite de l’humanité.

 

2. La loi doit protéger les plus fragiles

Nos choix personnels ont tous une portée collective, surtout quand ils requièrent l’assistance d’un tiers, comme dans le cas de l’euthanasie ou du suicide assisté. Se tenir face à la mort et vouloir la hâter est un exercice rare et solitaire revendiqué par quelques personnes déterminées mais qui pèserait sur tous les plus faibles : les personnes isolées, âgées ou d’origine étrangère, qui sont susceptibles d’être soumises à toutes sortes de pressions (familiale, sociale, voire même médicale). C’est particulièrement vrai dans notre société, qui valorise la performance et peut donner à une part notable de sa population le sentiment d’être un poids.

 

3. L’interdit de tuer structure notre civilisation

Légaliser l’euthanasie, c’est inscrire au cœur même de nos sociétés, la transgression de l’interdit de tuer. Un principe élémentaire de précaution devrait nous dissuader de suspendre désormais nos valeurs collectives à un « Tu tueras de temps en temps » ou « sous certaines conditions ». Notre civilisation a progressé en faisant reculer les exceptions à l’interdit de tuer (vengeance, duels, peine de mort…). Légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté serait une régression.

 

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Gilets jaunes : un positionnement chrétien


« Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune »...

Depuis plusieurs semaines le mouvement des « gilets jaunes » révèle de profondes fractures, anciennes et qui s’agrandissent encore, fractures sociales et territoriales, entrainant des sentiments d’abandon et d’exclusion, de délaissement, d’injustice et d’humiliation. Ce mouvement exprime une colère réelle pouvant, pour certains, générer une violence destructrice, comme une réponse à la violence sociale vécue par beaucoup.

Ce mouvement ne laisse pas les chrétiens indifférents. Dans son encyclique Laudato si’, le pape François nous invite à « s’asseoir pour penser et pour discuter avec honnêteté des conditions de vie et de survie d’une société, pour remettre en question les modèles de développement, de production et de consommation. » (François, Laudato si’, 138, 2015)

L’heure est venue de mener ce débat et les chrétiens doivent y prendre toute leur place en rappelant les balises qui sont les leurs.

Première balise, l’option préférentielle pour les pauvres. Oui, la transition écologique est nécessaire, mais pour le pape François « tout est lié », « tout est intimement lié », comme il l’écrit maintes fois dans Laudato si’. Nous devons entendre à la fois le cri de la Création et le cri des pauvres. L’écologie est un appel à la conversion des modes de vie, pas une punition infligée aux plus pauvres qui sont déjà les premières victimes de la dégradation de leur environnement et de leur cadre de vie. Le pape nous rappelle qu’« une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » (LS 49) Il n’y aura pas de transition écologique sans justice sociale !

Notre modèle économique qui pousse à la recherche du profit est efficace pour créer de la richesse, mais cette richesse doit être mise au service de tous les hommes : « En réalité, aucun profit n’est légitime lorsque fait défaut la vision de la promotion intégrale de la personne humaine, de la destination universelle des biens et de l’option préférentielle des pauvres. » (OEconomicae et pecuniariæ quæstiones, 10, 2018)

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Discours de M. Emmanuel Macron devant les évêques de France

Voici l'intégralité du discours prononcé le 9 avril dernier par M. Emmanuel Macron, Président de la République, devant les Evêques de France, au Collège des Bernardins à Paris.

 

"Monsieur le Ministre d’Etat,

Mesdames les ministres,

Mesdames, messieurs les parlementaires,

Monsieur le Nonce,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Mesdames et messieurs les responsables des cultes,

Monseigneur,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des Evêques de France de cette invitation à m’exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes.

Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer.

Pour cela, il n’est pas d’autre moyen qu’un dialogue en vérité.

Ce dialogue est indispensable, et si je devais résumer mon point de vue, je dirais qu’une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir.

L’exemple du colonel BELTRAME par lequel, Monseigneur, vous venez d’achever votre propos, illustre ce point de vue d’une manière que je crois éclairante.

Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque : les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire ; les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique ; d’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée.

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