Maire d'une petite commune rurale...

Marie-Claire Limosin est maire, depuis 2001, d’un petit village du sud de l’Yonne. Témoin directe du monde rural, elle a accepté de partager son expérience avec EDY, le mensuel du diocèse de Sens-Auxerre. Nous le reproduisons ici avec l'aimable autorisation des personnes concernées.

 

« Les années passent et ne se ressemblent pas. Nous sommes dans un  contexte   de déclin démographique de nos campagnes, certains de nos villages ayant perdu leurs commerces, artisans et écoles.

Le moteur économique de notre région est l’agriculture. Dans les secteurs où les animaux ont déserté les prés, la friche revient refermer les paysages. La perte de cette identité serait préjudiciable à l’attrait touristique de notre territoire, qui sera dans les années à venir le seul levier.

Mais la ruralité, c’est aussi de la joie de vivre et de la bonne humeur. Habiter nos campagnes, c’est s’investir pour faire vivre un lieu. « Est-ce que je participe à telle ou telle association, ou à telle fête, ou n’y vais-je jamais ? ». Faire des choses avec d’autres, c’est entrer dans un système d’échange : donner, recevoir et rendre.  L’organisation de certaines manifestations festives n’est-elle pas ressentie parfois comme une corvée ? Heureusement, sont encore présentes la Saint-Vincent, la Saint-Hubert….

Comment rester proches de tous, dans ce monde rural ? Il faut vivre la ruralité d’une manière nouvelle. Il est inutile de rester nostalgique – bien que nous le soyons tout de même -  d’un temps où les villages frétillaient de vie et de convivialité. Cette douceur de vivre s’est évaporée, et les villages ont peu à peu été désertés pour les villes…

Il devient urgent de recréer les conditions d’une stabilité sociale, qui passe par le rétablissement d’un esprit de confiance, de solidarité et d’estime mutuelle. C’est ce « vivre-ensemble » que nous portons dans la prière. »

Déclaration des Evêques de France aux agriculteurs

 Comme en 2016, une délégation d’évêques se rendra au Salon International de l’Agriculture de février 2018.   Témoins à la fois de la passion avec laquelle les agriculteurs exercent leur métier et des difficultés auxquelles ils sont confrontés, les évêques veulent ainsi leur manifester leur proximité, leur attention et leur soutien.

 

"Nous savons que la crise agricole que vous traversez est toujours là, profonde, complexe et multiforme. Beaucoup parmi vous souffrent et s’inquiètent pour leur avenir. Face à cette réalité, nous ne pouvons pas nous satisfaire des approches et des discours marqués par la situation de l’après-guerre et les années de forte croissance économique et d’amélioration des conditions de vie qui l’ont suivie. Aujourd’hui, nous mesurons à quel point les temps ont changé. Notre rapport au monde, au travail, à l’économie, à la technologie, à la terre, à la création soulève bien des questions et nous met devant de nouveaux défis, dont celui du respect de l’environnement, que nous sommes appelés à relever tous ensemble.

Ces défis dépassent votre seule profession : ils nous concernent tous et ils ont une dimension internationale. Ils nous interrogent notamment sur la société que nous voulons pour aujourd’hui et pour demain. Ils nous conduisent aussi à questionner les processus économiques tant mondiaux que locaux, pour que soit mieux pris en compte tout ce qui touche à la sauvegarde de notre maison commune et à son avenir. Et nous ne voulons pas ignorer vos solitudes et vos inquiétudes devant ces défis universels.

Mais alors, quelle agriculture voulons-nous pour demain ? Quels changements et conversions devons-nous opérer dans nos modes de vie ?

Nous ne pouvons pas nous résigner à un avenir incertain pour l’agriculture.  Voilà pourquoi, comme pasteurs de l’Église catholique, nous voulons vous adresser un message de soutien.

Nous croyons qu’il est vital que le travail agricole soit reconnu par l’ensemble de la société. Cette reconnaissance doit passer par une juste rémunération de votre travail, ce qui, hélas, n’est pas le cas dans bon nombre de filières. Votre travail permet de produire ces aliments dont nous avons tous besoin pour vivre. L’agriculture doit garder sa noble mission : offrir une nourriture de qualité, la plus accessible à tous, et contribuer à l’entretien des espaces ruraux auxquels nous sommes tant attachés.

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Ces villages qui se soucient de leurs églises...

Une journée de sensibilisation a réuni, la semaine dernière à Lyon, une centaine de maires et de curés. Sécurisation, restauration, aménagement : cette rencontre a éclairé le rôle de chacun...

 

Qu’est-ce qu’une église ? La réponse dépend de l’interlocuteur. Pour ce conseiller municipal de Lamure-sur-Azergues, c’est d’abord « un ERP ». Comprendre un « établissement recevant du public », traduit l’élu, soucieux de sa mise aux normes. Pour le maire de Vaux-en-Beaujolais, une commune rurale de 1 100 habitants, c’est une ligne budgétaire. « Je préfère ne pas dire à mes administrés combien elle leur coûte, explique Jean-Charles Perrin. On y célèbre trois messes par an, quelques enterrements et baptêmes. Il faut faire preuve de pragmatisme. »

Cent vingt élus et curés se sont retrouvés la semaine dernière à Lyon avec leurs interrogations, lors d’une journée les invitant à « agir ensemble pour les églises ». Certes, « les relations entre les propriétaires des églises et les affectataires sont excellentes », comme l’a souligné Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire du diocèse de Lyon.

Un plan d’installation de caméras de vidéo-protection

Et, malgré les difficultés, « les élus sont fortement attachés aux lieux de culte », a insisté Claire Peigné, présidente de l’Association des maires du Rhône. L’objet de la journée consistait donc plutôt à mettre de l’huile dans les rouages là où les choses peuvent coincer entre les différents acteurs. Comme sur la sécurité.

Les référents de la gendarmerie et de la police nationale recommanderaient volontiers, comme l’a fait le major Patrick Brayer, de « fermer à clé les églises quand elles ne sont pas utilisées ». Car « la réponse pénale est plus sévère quand un vol est commis avec effraction », a justifié pour la police nationale Carine Rouvière, qui réalise des diagnostics de sécurité à la demande des paroisses. Mais l’un et l’autre ont bien conscience de demander l’impossible. Alors ils ont plutôt insisté sur les mesures de prévention à prendre.

L’une d’entre elles consiste à dresser un inventaire dans les cinq cents églises du diocèse, bien au-delà des 3 500 objets protégés au titre des monuments historiques, pour mieux les identifier en cas de vol. Pour l’heure, seule une dizaine d’églises ont fait l’objet d’un inventaire systématique… Pour prévenir les vols, un plan d’installation de caméras de vidéo-protection a été lancé. Et les statues sont systématiquement scellées après leur retour de restauration.

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Etats généraux de la bioéthique : quel monde voulons-nous pour demain ?

Nous reproduisons ici un communiqué de presse de la Conférence des Evêques de France daté du 7 février 2018.

 

Depuis le 18 janvier, les débats des États généraux de la bioéthique ont commencé. Leur objectif est simple : permettre à tout citoyen de s’éclairer sur les avancées scientifiques et techniques concernant la bioéthique, se forger un avis et l’exprimer. Ces expressions devront ainsi éclairer les responsables politiques qui porteront la révision de la loi à la fin de l’année 2018. Si l’objectif est simple, les enjeux sont complexes et graves. C’est pourquoi, tous sont invités à participer à ces débats par le dialogue afin de rechercher les voies les plus justes.

L’Église catholique entend prendre sa place et répondre, elle aussi, à la question de fond que ces États généraux nous posent : quel monde voulons-nous pour demain ?

 

Débattre et comprendre

Ainsi, grâce notamment au travail réalisé par le groupe d’évêques et d’experts présidé par Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, nous invitons les catholiques, ainsi que tous les hommes et femmes de bonne volonté, à une prise de conscience des enjeux que ces nouvelles techniques soulèvent.  C’est le respect de l’être humain dans sa dignité et sa vulnérabilité qui est en jeu ; c’est aussi notre société qui est concernée dans son respect de la vocation séculaire de la médecine.

Dans les diocèses, les paroisses, les aumôneries, les mouvements, les associations, les familles, il s’agit de sensibiliser chacun par l’explication et la formation, afin que la raison et la foi chrétienne portent ensemble une juste vision de l’humanité. Cette vision, déjà largement partagée par le bon sens de beaucoup, doit permettre de regarder avec confiance l’avenir en comprenant le bien des recherches scientifiques et en ne cédant pas aux sirènes idolâtres de la toute-puissance.

L’homme se sait tout autant habité par la transcendance que par le désir de savoir ; il est foncièrement animé par le besoin de prendre soin des autres.  Et nul doute que la figure du « bon samaritain » est universelle et demeure un guide pour la mise au point et l’usage des techniques biomédicales et des technosciences aujourd’hui et demain.

Comprendre et s’exprimer

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Mgr Pontier : « Nous avons tellement peur du religieux que nous préférons l’ignorer que l’enseigner »

 Mgr Georges Pontier, Président de la Conférence des évêques de France,   regrette qu’une certaine laïcité soit associée à l’absence de convictions religieuses. Il s’inquiète également de la tournure prise par le débat sur la place des religions – et de l’islam en particulier – dans notre société.
 
 - paru dans La Croix des 9 et 10 XII 2017, et publié avec l'aimable autorisation de la rédaction -     

Nous fêtons cette année le 112e anniversaire de la loi de 1905 avec l’impression que les tensions n’ont jamais été aussi fortes. Est-ce aussi votre sentiment ?

Mgr Georges Pontier : Les tensions actuelles sur la place à accorder aux religions dans notre pays sont accrues par la présence de l’islam dont des membres de plus en plus nombreux vivent et s’installent dans notre société. Cette religion fait peur en raison de notre histoire, des représentations que nous en avons, et aussi de la crise que traverse actuellement le monde musulman. L’islam est en crise et ses différents courants se font la guerre.

Mais il ne faudrait pas non plus expliquer toutes les dérives de notre société par la place qu’y occupent les religions. La présence musulmane n’est pas la cause de tous nos maux, et le faire croire n’est pas sensé. Beaucoup de nos compatriotes musulmans ont un réel désir de s’intégrer. Et nos difficultés – l’insécurité, l’incertitude dans laquelle nous sommes – s’expliquent aussi par des raisons culturelles, sociétales, économiques. Il s’agit donc de trouver une juste place à l’islam et à ses fidèles, sans faire porter la méfiance sur toutes les religions. Toutes n’ont pas le même rapport à la culture, à la société… On ne peut les traiter globalement.

Le problème est-il vraiment celui de la laïcité au sens strict ou plutôt la visibilité de la foi dans l’espace public ? Ne confond-on pas laïcité et athéisme ?

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